7ème dimanche de Pâques - 29 mai 2022

Jn 17, 20-26

 

Vous allez recevoir une force, dit Jésus avant d’être enlevé au Ciel, et vous serez mes témoins : nous en avons la plus belle illustration dans la 1ère lecture de ce dimanche, le martyre d’Etienne (Ac 7, 55-60). Etienne voit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, confirmant ce que nous avons célébré Jeudi à l’Ascension. Que Jésus soit debout comme le dit Etienne ou assis comme nous le proclamons dans le Credo, assis à la droite du Père, n’a pas d’importance. Dans les deux cas, il siège, on pourrait dire : ‘distinctement’ du Père. Le Père et le Fils sont unis et distincts.
C’est le très beau titre d’un livre de 1932 de Jacques Maritain, philosophe, mort en 1973 : « Distinguer pour unir, ou les degrés du savoir ».

Distinguer pour unir est la base de la connaissance de Dieu. Les trois personnes divines sont unies de façon parfaite, un seul Dieu maintenant et pour les siècles des siècles, et elles sont trois personnes distinctes : le Fils prie le Père, et les deux envoient l’Esprit.

Voilà de quoi nous sommes, nous disciples du Christ, les témoins jusqu’aux extrémités de la terre et s’il le faut jusqu’au don de notre vie. Distinguer pour unir c’est être en communion, et c’est ce que nous vivrons en Dieu dans la vie éternelle, nous en Dieu et Dieu en nous.

Avec cette conséquence formidable, cette bonne nouvelle que je vous annonçais au jour (et dans mon homélie) de l’Ascension : à notre mort, ou après notre mort, notre âme ne disparaît pas dans un grand tout.

Ce serait en effet une erreur d’interpréter ainsi la prière de Jésus à son Père « qu’ils soient un en nous », eux aussi, « moi en eux, et toi en moi » : d’imaginer qu’à notre mort notre âme irait se fondre en Dieu comme une petite flamme dans un grand feu. Ou comme une goutte d’eau dans l’Océan de l’amour de Dieu. L’amour divin n’est pas fusionnel. Dieu ne nous a pas créés pour que nous disparaissions en lui.

Au contraire, il s’est fait l’un de nous, il s’est fait homme, il a vécu la condition humaine en toutes choses, excepté le péché, il a souffert la Passion, il est mort et ressuscité pour nous rendre participants de sa divinité. Pour que nous vivions éternellement par lui, avec lui et en lui, âme et corps. Participants à part entière : distincts et unis.

Distincts de lui évidemment, mais aussi distincts les uns des autres que nous retrouverons une fois ressuscités, et pour ces retrouvailles nous avons besoin d’un corps, de notre corps, alors glorifié, pour entrer en relation avec Dieu et les uns avec les autres.

La 1ère bonne nouvelle de l’Ascension est que la résurrection n’est pas une réincarnation, mais une glorification, l’entrée dans la Gloire de Dieu.

La 2ème bonne nouvelle est que la résurrection est la poursuite parfaite, l’accomplissement des relations d’amour que nous aurons vécues et tissées en cette vie.

Pourquoi Jésus prie-t-il pour ses disciples ou plutôt pourquoi Jésus prierait-il pour ses disciples s’il n’était pas certain de les revoir, de les retrouver après sa Résurrection comme après son Ascension dans la Gloire du Ciel, comme il l’a promis : « Je reviendrai vous prendre et là où je suis, vous y serez aussi » (Jn 14, 3).

Lorsque l’Esprit Saint, par la voix du psalmiste, dit que « l’homme, ses jours sont comme l’herbe, comme la fleur des champs, il fleurit ; dès que souffle le vent, il n’est plus, même la place où il était l’ignore » (Ps 102, 15-16), il ne parle pas de l’homme appelé à la vision de Dieu. Il parle de l’homme pécheur, marqué par le péché, l’homme dans son orgueil. Il faut en effet lire la suite : « Mais l’amour du Seigneur, sur ceux qui le craignent, est de toujours à toujours » (v. 17).

A ceux qui auront gardé ma Parole dit Jésus, nous garderons une relation personnelle : « mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23).

Je conçois qu’il puisse être relativement satisfaisant pour la raison marquée par le péché de penser que l’âme après la mort se fond dans un grand tout. Cette conception se trompe sur Dieu et se trompe sur l’homme : elle fait de Dieu un grand tout qu’il n’est pas. Dieu n’est pas un grand tout : il est l’amour dans la communion des personnes, unies et distinctes, Trinité une et sainte. Nous le célèbrerons dans deux dimanches, après la Pentecôte après avoir reçu l’Esprit-Saint.

Le Paradis est le bonheur éternel de la vision de Dieu avec tous ceux et celles que nous aurons aimées et que nous retrouverons auprès du Christ, tous purifiées. Oui nous nous retrouverons.

Nous croyons au Purgatoire, au pardon de nos péchés et à la délivrance de nos erreurs.

Nous croyons à l’Enfer, à la possibilité de la damnation de ceux qui préfèreront être damnés que de reconnaître qu’ils se sont mal comportés, qu’ils se sont trompés, qui préfèreront l’errance que le pardon.

Dieu n’est pas un grand tout. Quel est d’ailleurs le grand tout qui nous demanderait à chacun : Est-ce que tu m’aimes ?

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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