2ème dimanche de l'Avent - 6 décembre 2020

Mc 1, 1-8

 

Quand je rencontrerai Jean-Baptiste, comme je l’espère de tous les Saints et Saintes que j’admire et que j’aime profondément et certains tout particulièrement, je lui demanderai – ou plutôt je saurai parce que le mode de connaissance et de communication ne sera plus le même, – mais disons que je lui demanderai pour rendre le dialogue plus humain ou plus visuel – je lui demanderai ce qui lui coûtait le plus : vivre seul dans le désert ou parler aux foules ?

Il y a en Jean-Baptiste une force animale que symbolise sa tenue : il était « vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ». Pour le dire de façon triviale, il avait du poil aux pattes. Emanait de lui une force sauvage, virile, même si le mot n’est plus correct. Ne l’identifions pas trop vite au courage : Elisabeth, la mère de Jean-Baptiste, était courageuse, qui avait supporté que son village l’appelle la stérile, sans se brouiller avec eux, puisqu’elle les avait accueillis à la naissance de l’enfant, sans jamais cesser de tenir bon, de prier, de garder sa confiance au Seigneur jusque dans le choix du nom de l’enfant, quand tous voulaient l’appeler Zacharie comme son père, dans le respect de la tradition : Non, il s’appellera Jean.

Le modèle du courage est la Vierge Marie, accomplissement parfait de toutes ces femmes de l’Ancien Testament que saint Jean-Paul II nommait (dans sa catéchèse du 27 mars 1996) les « protagonistes authentiques de l’histoire du Salut ». Les protagonistes ne sont pas des seconds rôles.

Il arrive que des aventuriers aiment les foules, que des braves deviennent de grands parleurs, des conférenciers, mais la chose est très rare ! Je pense au Bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, le fondateur de l’Institut Notre-Dame de Vie, qui fut un héros de la 1re guerre mondiale, officier exemplaire à Verdun, au Chemin des Dames, légion d’honneur et croix de guerre. Dix ans plus tard, le même, quand il prêchait sur sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, descendait en courant de la chaire pour aller se réfugier en larmes à la sacristie. Un de mes amis carmes qui avait vécu avec lui en communauté gardait un très mauvais souvenir de sa brutalité, bien plus que de sa sensibilité.

Je vous parlais d’autorité dimanche dernier. Ici il s’agit d’autre chose : une difficulté à parler en public, à faire confiance aux foules, à se garder de cette méfiance à leur égard qui transparaît des propos de Jean-Baptiste quand il leur jetait, c’est l’évangile que nous entendions l’an dernier dans saint Matthieu : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » (cf. Mt 3, 1-12).

C’est pour sa bravoure, sa constance, sa fidélité que Jésus dit de Jean-Baptiste qu’il est le plus grand de tous les enfants des hommes. « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne n’est plus grand que Jean ; et cependant le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui » (Lc 7, 28). Le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui parce que la seule force qui traverse la mort est la force de l’Amour, et du Saint-Esprit.

Jean-Baptiste en était conscient quand il dit : Moi, je vous baptise avec de l’eau, l’eau qui est la créature la plus puissante sur terre. L’eau est une créature, nous l’invoquons ainsi dans la nuit de Pâques, en invoquant le Saint-Esprit : « L’eau, ta créature … ».

L’eau est la créature la plus puissante sur terre, que rien ne peut arrêter quand elles deviennent folles, qu’elles débordent et sèment la mort et la destruction, et pourtant, dans la pire des tempêtes, il suffit à Jésus d’ordonner Silence ! Lui qui a marqué sa divinité en marchant sur les eaux.

Revenons au désert et à la force animale, virile, de Jean-Baptiste.

Avec un immense respect, je m’inclinerai devant lui et je lui demanderai : saint Jean, toi le plus grand des enfants des hommes, toi le Précurseur, toi qui as connu le Sauveur, quand est-ce que tu pleurais ?
Est-ce que tu pleurais dans la solitude, d’angoisse, ou est-ce que tu pleurais en voyant les foules, comme Jésus a pleuré devant Jérusalem, de voir que l’Amour n’est pas aimé ?

Je ne lui demanderai pas, comme on l’entendra dimanche prochain : pourquoi ? Pourquoi fais-tu cela ? Mais je lui demanderai : comment ? Comment faisais-tu pour ne pas désespérer de l’hypocrisie des foules et de la lâcheté de leurs chefs ?
Il me sourira.
Il me dira, avec les paroles de l’Apocalypse : regarde l’Agneau immolé, « Il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange » (Ap 5, 12). Il me montrera, comme je le fais déjà à chaque messe : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

Je pensais à cette scène après la Transfiguration où les disciples s’étaient trouvés impuissants face au mal, incapables d’expulser un esprit mauvais, prêts de perdre la face devant les foules, quand Jésus les avaient sauvés ! Ils lui avaient demandé pourquoi eux n’y étaient pas arrivés ? Jésus avait répondu : « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir, sauf la prière » (Jn 9, 29).

Voulons-nous pour cela ‘plonger’ dans l’Esprit-Saint ? Être vraiment baptisés par le Christ dans l’Esprit ?

Si oui, courage, prions.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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