A/ Reconnaître Jésus
Jésus, une fois de plus, réalise un miracle pendant le Sabbat, d’où la réprobation des pharisiens qui vont mener une enquête méthodique afin de confondre et de convaincre de péchés le coupable, y compris l’heureux bénéficiaire du miracle : l’aveugle guéri par Jésus.
Une croissance dans la foi est décelable dans le cœur de l’aveugle à travers toutes ses réponses face aux détracteurs procéduriers qui l’interrogent. Sa deuxième rencontre avec Jésus sera déterminante. C’est Jésus qui revient vers lui, quelle grâce ! Inversement, les pharisiens, procéduriers, campent sur leurs positions : ils vont de l’objection légaliste au refus catégorique du miracle et jusqu’à l’expulsion de l’aveugle hors du Temple. Il va devoir quitter la maison de Dieu (le Temple) car il a osé disculper Jésus.
Les parents de l’aveugle, par crainte de représailles n’osent pas non plus s’engager. Par lâcheté, ils évitent soigneusement de répondre aux questions des pharisiens. Eux aussi ne croient pas vraiment en Jésus, l’envoyé de Dieu.
La prétention des pharisiens, parce qu’ils butent sur des anomalies de détails, essayent de rétablir à leur fantaisie, à leur vision personnelle, un ordre des choses qui les empêche de lire dans les textes de Ecritures le sens de ce que Jésus est en train d’accomplir. Ce sont eux les véritables aveugles.
Les trajectoires des pharisiens et de l’aveugle sont inverses. L’aveugle devient voyant et même ‘clair’ ‘voyant’ au sens le plus profond : « Qui m’a vu, a vu le Père » Jn, 15, 9. Voir la puissance de Dieu à travers l’amour de Jésus au cœur de nos vies humaines, voir la transformation physique et intérieure des personnes qui osent témoigner de leur confiance en l’amour de Dieu manifesté en Jésus qui exauce, qui soulage, qui s’approche, qui s’émeut ; quelle promesse aussi pour nous qui avons tant besoin d’amour pour nous convertir.
L’évangile de l’aveugle-né est là pour nous le dire : Dieu est bon. Il nous aime. Nous sommes invités pendant ce carême à croire, non plus en Dieu (il y a tellement de personnes qui croient en Dieu ; d’ailleurs les pharisiens sont de ceux-là !) mais surtout de croire, en voyant Jésus agir, en l’Amour de Dieu. Et cet amour nous a été annoncé, révélé, communiqué en et par Jésus livré pour nous aux mains des hommes.
B/ L’aveuglement
Le Verbe était la vraie Lumière qui
en venant dans le monde
illumine tout homme.
Il était dans le monde et le monde fut par Lui.
Jn 1, 9-10
C’est tout le drame des Evangiles, des pharisiens, des parents de l’aveugle : ils méconnaissent Jésus.
Mais à tous ceux qui L’ont reçu,
à ceux qui croient en son nom ;
Il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu.
Jn 1, 12
Il y a deux sortes d’aveuglements : l’un guérissable, la cécité naturelle et l’autre beaucoup plus ennuyeux, l’aveuglement du cœur. L’aveugle de naissance reçoit au travers de deux rencontres avec Jésus la guérison physique puis celle de l’intelligence. Illuminé en son cœur, il s’ouvre à Jésus, devient croyant et reconnaît en lui l’Envoyé de Dieu.
Pour nous, la leçon est claire. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence et voient au travers de nombreux préjugés. Le Seigneur regarde le cœur. 1 Sa 16, 7. Jésus a remarqué le pauvre aveugle, sans que ce dernier ne s’en doute. Et puis Il est venu le retrouver dans le Temple dans une seconde approche. Le bon Dieu est vraiment à nos côtés même quand nous ne Le voyons pas, quand nous ne nous en doutons pas. « Si tu savais … »
Nous aussi, ne jugeons pas selon les apparences. Ne pensons pas que Dieu est loin parce qu’il y a la guerre, les épreuves, la maladie … Le Seigneur ne met aucune limite à la manifestation de l’amour qu’Il éprouve pour nous, pour chacun de nous.
« La gloire de Dieu est la joie de l’homme. Dieu se dépense sans mesure pour notre joie, Il se donne Lui-même, totalement, pour nous arracher à la tristesse ; Il assume nos douleurs, Il s’en charge sans réserve. » Cardinal Martini, ‘Maximes spirituelles’ page 63, éditions Saint Augustin.
C/ Voir comme Dieu voit les choses.
Se ranger du côté de Dieu, c’est voir les choses comme Il les voit, c’est développer en nous :
- le sens du temps,
- le sens de la réalité,
tels que Dieu les souhaite et les propose.
Dieu peut nous surprendre, nous reprendre, mais toujours pour nous transformer dans sa plénitude d’amour.
- Se sentir aimé de Dieu, c’est ce qui permet de devenir clairvoyant ;
- Comprendre qui est le Seigneur Jésus également, l’Agneau innocent ;
- Entreprendre une démarche pour le connaître en vérité, idem ;
- Sentir qu’on a du prix à ses yeux malgré ce que nous sommes et aussi pour ce que nous pourrions être, et pour ce qu’on peut espérer avec son aide, c’est être dans la lumière.
D/ Conclusion
Etre clairvoyant, c’est se ranger du côté de Dieu, c’est voir les choses comme Il les voit (y compris pendant le sabbat !). C’est ne pas juger, croire et espérer. Jésus est toujours là.
Père Jean-Pascal Duloisy, curé

