Fête du Baptême du Seigneur - 12 janvier 2020

Mt 3, 13-17

 

Une année, un des catéchumènes, adulte qui se prépare au baptême, avait souhaité que son baptême soit une plongée complète par immersion dans la mort et la résurrection du Christ. Il venait de la mouvance évangélique et était très sensible à la vérité des signes. J’étais soucieux de lui faire plaisir et j’avais tout organisé : j’avais trouvé sur internet un bain suédois en bois qui avait plus d’allure qu’une piscine gonflable, d’autant qu’une paroissienne l’achetait pour son chalet. Mon plombier me garantissait l’évacuation de l’eau : six cents litres, qu’il fallait remplir d’eau chaude. Il fallait enfin assurer la décence de l’opération. Mon confrère de la paroisse de la Sainte Trinité où on pratique ce type de baptême m’avait donné le truc : les catéchumènes sont vêtus de noir qui a l’avantage de ne pas laisser deviner leurs formes quand ils sortent de l’eau. Ils vont se changer pendant qu’on chante et reviennent habillés en blanc, magnifique symbole de la rémission des péchés ! J’ai renoncé moins à cause de la quantité d’eau – transformer six cents litres en vin comme à Cana, soit, mais les chauffer pour une plongée n’était pas écolo – que pour une raison plus profonde : il n’était pas juste d’imposer aux autres Catéchumènes ce qui était le souhait d’un seul. Le baptême est le premier sacrement de l’unité.

Du temps de Jean-Baptiste, on n’avait pas ces problèmes d’eau. Non parce qu’il faisait chaud mais parce que hommes et femmes étaient séparés. Il n’y avait au baptême de Jésus que des hommes, comme au temple de Jérusalem étaient tenus sur un parvis séparé les femmes et les enfants. Lorsque l’évangile dit, pour la multiplication des pains, que « ceux qui mangèrent étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants » (Jn 14, 21), cela ne veut pas dire que ceux-là étaient portion négligeable, mais qu’ils étaient assis à part.

Désormais dans le Christ, pour vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, qui avez revêtu le Christ, « il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus » (Gal 3, 28). La barrière des sexes a été supprimée dans le Christianisme. Parmi les inventions chrétiennes, il y a la mixité. Elle offre autant d’avantages que d’inconvénients, comme tout changement : en matière de relations humaines, il n’existe guère de progrès ; le progrès est d’ordre technique, plus que moral : chaque fois que nous supprimons un problème, nous en créons d’autres. Nous sommes très fiers de l’ouverture aux nations, à raison, mais nous nous retrouvons devant un problème d’identité collective, sans ce que nous appelions naguère patriotisme, sens de la patrie, amour de son pays.
La deuxième barrière fondamentale qui a été levée, après le Juif et le païen, est la barrière entre l’esclave et l’homme libre, et notre fierté est à juste titre encore plus grande, qui pose des problèmes encore plus grands, d’éducation, d’obéissance, et d’ordre.
L’ordre est la condition de l’unité. Comme le faisait remarquer le saint cardinal Newman à propos du mystère de la Trinité, « si vrai soit-il qu’aucune des Personnes divines n’est pas moins infinie, moins éternelle, moins souverainement autonome que les deux autres, il est vrai aussi que dans l’histoire de l’Eternel mystère, le Père vient en premier en tant que source de la divinité, le Fils en second en tant qu’unique Engendré du premier, et l’Esprit Saint en troisième en tant qu’il procède du Père et du Fils » (Sermon du 9 novembre 1853 sur ‘L’ordre, témoin et instrument de l’unité’).

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus ». Il s’agit d’un chemin de vie, de l’engagement de notre baptême, l’enjeu de notre conversion, l’accueil des étrangers, la libération des opprimés, et l’égale dignité des personnes. Aux baptisés dans le Christ, il n’est pas permis d’être raciste, ni exploiteur, ni machiste. Il n’y a pas d’autre chemin que celui de l’égalité et de l’unité. Voilà l’engagement de notre baptême, avec la grâce de Dieu.

L’évangile dit que, devant Jésus, Jean-Baptiste a été tenté de se récuser, comme Joseph devant Marie : ‘C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi’ signifie : tu m’es supérieur. Effectivement, il est Dieu ! Laisse faire, dit Jésus, c’est vrai que tu n’en es pas digne mais c’est pour que tu le deviennes. Laisse la grâce agir en toi, ta réaction est naturelle car ce n’est que par une grâce surnaturelle que tu peux y accéder. Par le baptême, nous plongeons du haut de notre orgueil. Il y a ceci de remarquable que les évangiles ne montrent pas Jésus descendre dans le Jourdain, mais seulement remonter.

Que Jean-Baptiste comme Joseph ait été tenté de refuser n’a pas d’importance : ce n’est pas le premier réflexe qui compte, mais ce que nous en faisons, la façon dont nous nous comportons, passée notre première réaction. Dans l’Ancien Testament la loi de séparation était constitutive de la loi de sainteté. Sans la grâce du Christ, il n’y avait pas et il n’y a pas d’autre solution que la séparation, des natifs et des étrangers, des faibles et des puissants, des hommes et des femmes. Le régime chrétien, exigé par le Christ, repose sur la grâce de Dieu et les vertus qu’elle développe en nous, à condition que ce soit notre objectif : devenir vertueux. Un autre nom de la sainteté. Est-ce votre objectif, devenir plus vertueux ?

Toute la Tradition de l’Eglise n’a de cesse d’insister sur ces vertus théologales, foi espérance et charité, et cardinales, prudence, force, justice et tempérance. Tant de dérives sont survenues ces dernières décennies d’une mixité si imprudemment instaurée dans les communautés nouvelles : les ordres religieux traditionnels ne sont pas mixtes parce que les communautés mixtes sont des proies pour le Diable faciles à corrompre et à désagréger. C’est une raison du sacerdoce masculin des prêtres, qui fait que les prêtres sont exclusivement des hommes, parce qu’ils font partie d’un presbyterium qui ne survivrait pas à la mixité.
Voyez cette tension étonnante : par notre baptême, nous proclamons l’égalité de l’homme et de la femme ; par la prêtrise réservée aux hommes, nous la retardons. Elle nécessite que soit assurée l’égalité du natif et de l’étranger ; que soient éliminés les signes extérieurs de domination. Vous voulez savoir quand aura lieu la fin des temps, le retour du Christ dans la gloire ? Quand il n’y aura plus ni natifs ni étrangers, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme, et quand ce ne sera pas par la confusion mais par le respect.

Voilà pourquoi nous maintenons dans l’Eglise des lieux et des moments où hommes et femmes se retrouvent sans se mélanger, où nous mettons des limites à la mixité quand elle n’est pas un facteur de progrès. Il existe des congrégations, des groupes de prière, des réunions destinées aux hommes ou aux femmes, séparément. Il en va de certains pèlerinages, notamment à Paris de la marche de saint Joseph, le samedi 21 mars prochain, où j’invite les femmes à envoyer leurs maris et leurs fils, pour qu’ils apprennent de saint Joseph à prier la Vierge Marie. A apprendre d’elle l’ordre au service de l’unité.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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