2ème dimanche du temps ordinaire - 20 janvier 2019

Jn 2, 1-11

 

On ne sait pas exactement où était Cana : c’était comme Emmaüs un village de troisième catégorie, par différence avec les villages de deuxième plan comme Bethléem ou Nazareth dont un intellectuel comme Nathanaël pouvait demander avec mépris : « De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? » (Jn 1, 46), qui n’avait d’yeux que pour Jérusalem, la Cité sainte, comme les Parisiens le croient de Paris. Il y avait des métropoles régionales, Gaza, Hébron, Jéricho, Jaffa, Acre, Capharnaüm, entourées de myriades de petits villages où vivait la plus grande part de la population, des villages parfaits pour des mariages. C’est comme ça que ça se passe encore de nos jours : on se marie dans de petites églises de pays abandonnés, car il est nécessaire pour se marier de se mettre à l’écart, de quitter sa famille et l’agitation du monde, et pour chacun des deux dans le couple de se résoudre à mettre son seul intérêt de côté. C’est la question centrale de notre vie : qui est au centre – de notre vie ?

Mon Cœur ! J’aime cette appellation affectueuse, qui dit bien ce qu’elle veut dire car ce sont deux expressions équivalentes : être ‘au centre’ ou être ‘au cœur’, de la cité, de nos pensées, de nos préoccupations, de nos discussions.

Dans la préparation du mariage, le travail du prêtre, et de l’Eglise car la mission est partagée par des couples dévoués, est d’amener les fiancés à comprendre que la célébration de leur mariage est centrée sur le Christ et non pas sur eux. L’avenir de leur couple en dépend. Ils pensent qu’ils sont la cause de leur mariage : la célébration a lieu parce qu’ils ont décidé de se marier, et l’assemblée sera là pour eux, à cause d’eux, constituée suivant leurs critères. « Il y eut un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là » : elle était venue aider, seule depuis que Joseph était mort. « Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples » : si on invite Marie, on est forcé d’inviter son fils, et son fils va venir avec ses disciples. On était moins strict à l’époque sur le nombre d’invités, résultat on manqua de vin. On n’a compris qu’une partie de la leçon : on rogne maintenant sur les invitations et on ne pense pas à Jésus.

Il y a en France cinquante mille mariages catholiques chaque année, le nombre ne cesse de baisser, qui reste élevé au regard du taux de pratique dans cette classe d’âge. Il y a un peu plus de dix mille prêtres, le nombre ne cesse de baisser, et les deux sont inégalement répartis, ce qui provoque à l’automne une chasse aux célébrants, une fois que le lieu de réception a été réservé et l’église choisie en fonction de son charme, de sa taille, et de son parvis (pour la sortie) : il ne reste plus qu’à trouver un prêtre moderne qui accepte de se déplacer. Moderne veut dire tolérant, pas trop regardant avec la foi des fiancés.
Nous ne croyons pas à l’amour sans la foi. Cela ne veut pas dire qu’il faille être croyant pour aimer, mais qu’elles sont trois, la foi, l’espérance et la charité, sans lesquelles aucune des trois ne peut durer. Or la foi est un peu absente de beaucoup de mariages que nous célébrons. Pourquoi les célébrer ? Elle appartient au secret de la personne. Elle lui a été donnée à son baptême : que donne le baptême ? La foi. Que donne la foi ? La vie éternelle. Elle est une grâce prête à se déployer, en particulier dans l’adversité. Comme ici à Cana, de la part de Marie : était-ce la première fois qu’elle demandait à Jésus un miracle ? La réponse de Jésus le laisse penser. Est-ce que c’est elle, Marie, qui a demandé, ou l’Esprit-Saint ?

La date et le lieu de réception étant fixés, les fiancés viennent nous voir et nous avons entre trois et six mois pour remettre le Christ au centre, comme jadis l’église au centre du village.

Je leur répète que la meilleure préparation au mariage, c’est la messe le dimanche, ils ne sont pas là le week-end, ils n’ont pas de liens avec l’Eglise, pas de liens avec une paroisse. Ils n’ont pas de communauté à proprement parler, en dehors de leur famille, de leur boulot, de leurs groupes de copains ou d’amis. Nous avons en 2ème lecture ce dimanche et le prochain le chapitre 12 de la 1ère Lettre aux Corinthiens, où saint Paul rappelle ce qu’est un corps social : pas une masse, mais une communauté organisée où chaque personne a une fonction, une vocation, une contribution, où chaque membre est indispensable à la vie des autres. « L’œil ne peut pas dire à la main : ‘Je n’ai pas besoin de toi’ ».
Une communauté est une personne morale relativement indépendante des personnes qui la composent : aucune n’en est le centre, sinon elle ne lui survit pas.

Se croire le centre du monde est ce qu’il y a de plus naturel. Il est naturel de regarder le monde à partir de soi. C’est naturel pour notre nature blessée. Au commencement il n’en était pas ainsi. Au commencement Dieu nous a créés homme et femme, pour qu’aucun des deux ne puisse se croire le centre, et c’est de son côté que la femme a été donnée à l’homme qui savait qu’il n’était pas le centre du monde. Il était seul de son espèce parmi tous les êtres vivants de la Création : il n’était pas le centre du monde. Le péché originel, la marque du péché originel est de se croire le centre du monde.
Toute la vie chrétienne est d’amener à ce décentrage de soi. Remettre le Christ au centre, comme l’église au centre du village.

La règle d’or dit que chacun doit faire pour les autres ce qu’il voudrait que les autres fassent pour lui, même s’ils ne le font pas ! Jésus explique : si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous ? (Lc 6, 32). Si notre cœur est le centre du monde, il est temps de nous convertir. Le cœur de l’Eglise c’est l’amour, disait la petite Thérèse, c’est le cœur sacré de Jésus. Il n’en va pas seulement du mariage mais de toute la vie chrétienne : le rôle et la grandeur du mariage est de choisir et aimer librement son conjoint pour devenir capables d’aimer ceux que l’on n’a pas choisis, y compris la famille de l’autre. Il y eut un mariage à Cana en Galilée : la mère de Jésus était là, Jésus aussi avait été invité, avec ses disciples.

Jésus a sauvé ce mariage : il l’a sauvé de la sécheresse, de la frustration, de la dispute. Il ne l’a pas fait par amitié pour des époux dont on ne connaît pas le nom, ni parce qu’ils le méritaient : il l’a fait parce que sa mère le lui a suggéré.
Quand elle lui dit : ils n’ont plus de vin, Jésus ne répond pas : ils n’avaient qu’à prévoir. Il a cette réponse que l’on pourrait traduire ainsi : veulent-ils vraiment que je sois, pour l’éternité à venir, le héros de la fête ?

La question nous est posée, quelle que soit notre situation ou notre âge : voulez-vous que je sois, moi Jésus, le centre de votre vie ?

Posez-vous cette question, centrale, de savoir qui est au centre de votre vie. Si vous deviez faire un tableau de votre vie, où vous situez-vous ? Qui est au centre ? Je vous promets qu’en mettant le Christ au centre, tout s’éclaire et s’allège. Il nous libère de responsabilités qui ne sont pas les nôtres. Il nous remet dans de justes relations et proportions les uns à l’égard des autres. Essayez, vous verrez ce que signifie ‘garder le bon vin jusqu’à maintenant’ : avec le Christ le meilleur dès à présent.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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