3ème Dimanche de l'Avent - 12 décembre 2021

Lc 3, 10-18

 

Je n’ai pas compris pourquoi la Ciase, la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise, mandatée par la Conférence des Evêques de France, avait rendu son rapport sur la place publique, aux médias, sans permettre à l’Eglise d’en prendre connaissance avant. Peut-être est-ce le grand basculement de notre époque : de toute affaire sur la place publique, et de l’action, ou l’inaction, dans l’émotion.

Je n’ai pas compris la sidération des évêques devant une horreur contre laquelle ils se battent et se débattent depuis vingt ans. Ils ont attendu trois semaines avant de se réunir à Lourdes. Et ils n’ont toujours pas pris la décision de rendre ces crimes imprescriptibles, de les reconnaître comme des crimes contre l’humanité. De sorte qu’un clerc coupable et ayant reconnu de tels actes soit renvoyé de l’état clérical, sans préjuger des soins et de la surveillance qui devront l’accompagner. Au lieu de quoi, on a vu au même moment un prêtre condamné pour violences sexuelles sur mineur célébrer la messe télévisée.
Nous savons chacun le travail sans fin à mener contre nos propres péchés, c’est le sujet de l’évangile de ce dimanche – car ce dimanche de la joie suppose que nous ayons conscience de ce qui est grave -, et on voudrait nous faire croire que les pires perversions pourraient plus facilement disparaître ?

Je n’ai pas été étonné par le rapport de la Ciase parce que j’ai travaillé douze ans avant d’entrer au Séminaire et vécu ce que m’a écrit un nouveau baptisé : « Lorsque j’ai demandé le baptême il y a deux ans, je suis venu en quelque sorte avec le rapport Sauvé déjà sur les épaules. Venant d’un milieu peu catholique, les commentaires de certains de mes amis sur l’Eglise et sur ma décision m’obligeaient de me rendre à l’évidence : des crimes avaient été commis, l’Eglise n’était pas qu’amour ». Le problème de tous les milieux fermés est de manquer de lucidité sur eux-mêmes.

Parmi les raisons qui font que je n’ai pas été étonné, il y a l’histoire de l’Eglise ! un minimum de connaissance de l’histoire de l’Eglise. Il y a la pratique de la confession, qui fait que si je n’ai pas tout entendu, l’abîme est sans fin. Il y a la compagnie de psychologues et psychiatres avec qui je travaille depuis que je suis prêtre : je ne conçois pas d’exercer sans leur conseil. Je vous laisse juge de l’opportunité de la réciproque : pour les psys de travailler avec des prêtres

Quel rapport avec le sujet qui nous intéresse, de la joie, – la joie de l’espérance : ‘quand la vie bascule’ ?

Le premier point de bascule tient à l’ouverture à des regards extérieurs ou au repli sur soi. La vie bascule avec l’écoute.
La parole qui libère ne vient pas de nous mais de très loin, un appel de Dieu. Le point de départ de ma conversion fut la découverte, dans le silence, de ma vie intérieure. Ma relation à Dieu que je ne vois pas est la condition de mon attention aux autres que j’entends et je vois. La Ciase a interrogé une douzaine de prêtres abuseurs : aucun n’a « évoqué d’expérience surnaturelle ou transcendante pour justifier sa vocation » (§0522). Presque « tous défendaient une vision plutôt horizontale de leur rôle, dans une mouvance assez caractéristique de l’après-Concile en France ». 68 n’est pas la cause mais un aboutissement d’une perte du sacré.

La vie bascule quand le ciel s’ouvre. Au baptême de Jésus dans le Jourdain, il vit les cieux s’ouvrir et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe et du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour » (Cf. Mc 1, 9-11).

Cela m’amène au deuxième point de bascule que je formulerais ainsi : une parole peut tout changer. Une parole peut tout changer, perdre ou sauver comme à la fin de l’évangile où un des crucifiés avec Jésus dit au deuxième qui se moquait et l’injuriait : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal » (Lc 23, 41). Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Quoi ?!?! Il suffirait d’une parole, comme ça, pour aller au Ciel ? On peut commettre les pires crimes et il suffit de se confesser ?! Elle est belle, votre religion !

Cette parole est celle d’une agonie et d’un supplicié. Je crois, selon ses propres termes, qu’après ce que nous aurons fait, nous aurons ce que nous méritons. Notre Espérance est que justice soit créée. Justice sera créée.

La parole qui peut tout changer ‘en bien’ est une parole d’amour et de vérité. Et tout changer en mal le mensonge. Le troisième point de bascule s’appelle, dans le mal, le passage à l’acte, dans le bien, l’engagement.
On m’a demandé un jour quelle serait ‘La’ phrase, s’il n’y en avait qu’une, la phrase à garder de toute la Bible ?
Dieu est Amour (1 Jn 4, 8).
Laissez-vous réconcilier avec Dieu (2 Co 5, 20).
Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité (1 Jn 3, 18). … Et devant Dieu nous apaiserons notre cœur, car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur.

Nous devons aimer, pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.

Jésus disait des religieux de son temps : faites ce qu’ils disent, pas ce qu’ils font. Plus exactement : ils disent et ne font pas (Mt 23, 3). Peut-être le point de bascule de notre vie est-il là, dans l’engagement et la foi. Les deux vont ensemble, l’engagement et la foi. Il faut s’être engagé pleinement dans l’amour, renouveler chaque jour cet engagement, grâce au pardon, pour connaître la joie. Heureux ceux qui croient.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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