Transfiguration du Seigneur - dimanche 6 août 2023

Mt 17, 1-9

 

Que se passe-t-il au moment de l’adolescence pour que tant de garçons et de filles de cet âge perdent la foi, abandonnent toute pratique religieuse, que peu d’entre eux retrouvent par la suite ? Combien ai-je vu d’adultes qui ont témoigné de ce décrochage à l’adolescence d’avec la foi vivante de leur enfance. Beaucoup se disent toujours croyants mais ont quitté l’Eglise. Ils viennent pourtant s’y marier, baptiser leurs enfants, qui font leur 1ère communion avant de décrocher à leur tour au collège ou au lycée.

Je ne crois pas vraiment à la crise hormonale : elle serait de tous les temps et de tous les pays. Pas plus au travail de la raison, au contraire : l’adolescence est le temps de l’enthousiasme plus que de la réflexion, et elle devrait justement s’enthousiasmer pour Jésus-Christ, l’homme libre, généreux, engagé, pour son combat pour la justice, sa défense des tout-petits.

Le 6 juillet, il y a un mois, je suis allé à Rouen voir un ami depuis quarante ans, à qui ses médecins venaient de dire que c’était la fin, et lui-même le savait qui était médecin. Nous avons parlé, comme rarement il est possible de le faire. Il était très croyant enfant, jusqu’à son adolescence, sa Confirmation. Et puis il avait décroché, continuant quand même à croire, comme une évidence, au Dieu Créateur, amoureux qu’il était de la Création, de sa famille, des œuvres d’art, de la vie. Je l’ai confessé, lui ai promis que je viendrai célébrer ses obsèques. Je lui ai demandé ce qu’il voudrait que je dise, quelle qualité il voulait qu’on retienne de lui ? « Honnête ». « Travailleur, respectueux des personnes, pétri de valeurs chrétiennes ».
Honnête, ça oui, il l’était, c’est vrai. Combien d’entre nous, fidèles pratiquants, pourrons dire cela à l’heure de leur mort ? Ah, si déjà nous Catholiques nous étions honnêtes : de bonne foi. Le contraire, malhonnête, ne veut pas tant dire voleur que de mauvaise foi.

Il n’avait jamais rencontré le Christ. Je lui ai dit que c’est ce qu’il s’apprêtait à vivre.

Il s’est inquiété de ces dogmes auxquels il n’accrochait pas, l’enfer, le purgatoire, le paradis, et je l’ai rassuré : ce sont des outils, pour se préparer. Est-ce que ce sont ces notions qui l’avaient rebuté ? Toutes ces catégories, ces tiroirs de pensée dans lesquels l’homme moderne refuse et est incapable de se ranger, surtout si son adolescence l’a enfermé dans sa singularité : ‘Je ne suis pas comme ça ! Ce n’est pas pour moi ! Je ne suis pas comme les autres !’.

S’il est un homme dans l’histoire qui aurait pu dire cela, qu’il n’était pas comme les autres, c’est Blaise Pascal, par son génie. Je vous en ai parlé dimanche dernier.

Il a vécu à 31 ans, pas à 15 ans, une expérience mystique, sa ‘nuit de feu’. Le Pape en parle dans la Lettre qu’il lui a consacrée, la comparant avec la rencontre vécue par Moïse au Buisson ardent : « Le terme ‘Feu’ que Pascal a voulu placer en tête du Mémorial nous invite, toute proportion gardée, à proposer ce rapprochement. Le parallèle semble indiqué par Pascal lui-même qui, immédiatement après l’évocation du feu, a repris le titre que le Seigneur s’était donné devant Moïse : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob » (Ex 3, 6.15), en ajoutant : « non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ ».

Cette expérience que Moïse a faite au Buisson ardent, puis dans le creux d’un rocher sur la Montagne sainte, comme Elie à l’Horeb, car tous deux ont vécu une expérience personnelle de Dieu, vu la lumière divine, les Apôtres l’ont vécue à la Transfiguration ! Leur foi est devenue certitude !
« Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ ».

Comment faire pour vivre cela ? C’est un mystère. On fait cette expérience du Christ à force de le suivre. Autrement dit, il faut déjà le vouloir ! Pascal est d’ailleurs l’écrivain, le théologien de la volonté ! Il l’appelle le cœur : c’est la volonté qui a des raisons que la raison ignore. La volonté de trouver Dieu, l’amour, la vérité.

Le récit de la Transfiguration donne quelques-unes des conditions nécessaires à la volonté pour qu’elle puisse se déployer.

D’abord un minimum de courage. « Soyez sans crainte » dit Jésus à ses disciples, n’ayez pas peur, et il peut leur dire parce qu’il est pour eux un modèle de courage. Je m’adresse à vous parents, éducateurs : le courage se transmet, par l’exemple. Arrêtez d’avoir peur pour vos enfants si vous voulez qu’ils grandissent, qu’ils pensent, qu’ils gardent la foi, courageusement, et pour cela commençons, nous adultes, par reconnaître, assumer et combattre nos incohérences et contradictions sur le plan religieux.

Deuxièmement, montrez-leur que ce qui est transcendant peut être sublimement beau. Que le beau est forcément transcendant. La beauté du Christ transfiguré est impossible à représenter, l’évangile de saint Marc dit de ses vêtements qu’ils étaient « d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » (Mc 9, 3) (d’où le nom de Saint Marc pour la lessive). Le beau est transcendant.

Troisième condition : écoutez-les ! Ecoutez vos enfants, écoutez les adolescents, attentivement, donnez-leur ce temps : qu’ils se sachent écoutés. C’est avec Jésus Christ la première fois dans l’histoire qu’un Père demande d’écouter son Fils, et d’une certaine façon aux parents d’écouter leurs enfants.

Soyons sensibles enfin à ce que ce Père, Notre Père dit de son Fils Jésus : il est son Bien-aimé, et, en lui, il trouve sa joie. La joie de Dieu ! Ah si nous pouvions dire cela : en Jésus-Christ, nous trouvons la joie. La joie d’être protégés, la joie d’être émerveillés, la joie d’être écoutés.

C’est ainsi que la foi devient non pas ‘adulte’, ni ‘vécue’, mais certitude. Certitude ! « Sentiment de paix et de joie : Dieu de Jésus-Christ ».

Quelle joie quand la foi devient certitude !

 

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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