27ème dimanche du temps ordinaire - 2 octobre 2022

Lc 17, 5-10

 

Cet arbre est-il l’image de notre vie, ou est-il l’arbre de vie, la Croix du Christ ? C’est la question que je me pose aux baptêmes des petits-enfants quand on me demande de bénir une médaille avec un arbre. Elle a un succès grandissant, et est en passe de supplanter la Vierge Marie. Figure-t-il la vie de l’enfant appelé à grandir comme un arbre, ou figure-t-il le Christ ? En tel cas, mettons une croix. Sinon, si cet arbre est le symbole de l’âme de l’enfant, ceux qui le choisissent risquent de lui faire porter une responsabilité que Jean-Baptiste avait annoncéeen des termes très clairs : « Produisez des fruits qui expriment votre conversion. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu » (Lc 3, 8. 9).

Ce 2 octobre est la fête des saints anges gardiens. Ils sont des créatures bien plus adaptées auxbaptêmes et aux petits-enfants, modèles de protection et de juste orientation. Jésus dit de ces anges qu’ils « voient sans cesse la face de (son) Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10) : ils ont cette particularité et cet avantage de ne pas passer leur temps ni à épier les autres (puisque chaque ange constitue sa propre espèce), ni à se regarder le nombril : ils contemplent le visage du Père « ils voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux ». Marie est la reine des anges pour la même raison : elle n’est pas là à épier les autres ni à se regarder elle-même.

Nous l’avons chanté en entrée : « Tournez les yeux vers le Seigneur et rayonnez de joie,
Chantez son nom de tout votre cœur, Il est votre sauveur, c’est lui votre Seigneur ».

Je m’adresse aux futurs parrains et marraines de baptême, la tradition veut qu’ils s’occupent de la médaille et de la chaîne : offrez de préférence une médaille de la Vierge Marie, d’un Ange, éventuellement saint Michel ou saint Joseph, évitez l’arbre de vie. Ou alors demandez aux parents de prendre pour la célébration l’évangile de ce dimanche qui est construit sur les trois composantes du baptême : le don de la foi, la victoire sur la mort, et le service de Dieu.

La demande des Apôtres est pleine de bon sens : « Augmente en nous la foi ! ». La foi est une réalité vivante qui grandit ou qui meurt. Nous sommes parfois tentés de nous arrêter pour profiter de la vie. Un entrepreneur successfull était venu me voir, tenté de marquer une pause dans le développement de son entreprise pour passer plus de temps en famille. Attention, si vous voulez vous arrêter, vendez, mais si vous relâchez, tout va partir à vau-l’eau. La loi de la vie est simple, qui est la loi de la foi : on grandit ou on meurt.

De cette foi reçue au baptême, le Christ en rappelle le contexte : la mer représente la mort. Et l’arbre de vie, la croix du Christ représente sa victoire sur la mort, notre plongée dans sa mort et sa résurrection.
Et voyez alors comment d’une relation de confiance, du plus petit acte de foi, aussi petitqu’une « graine de moutarde », surgit l’obéissance stupéfiante d’un arbre qui irait, de lui-même, se déraciner et se planter dans la mer.

La mer représente la mort, les eaux du Déluge et de la Mer rouge, du lac de Galilée dans la tempête ou dans la nuit. La mer représente également le monde, et il n’est pas sûr que la notion si en vogue actuellement de ‘société liquide’ corresponde à une réalité nouvelle : le monde est par nature fluctuant, instable, prompt à engloutir ou noyer. Nous le disons par cesexpressions courantes : se noyer dans son travail, se plonger à corps perdu dans ses activités, être submergé.

Qui nous empêchera de nous noyer, qui nous sauvera de l’engloutissement ?

La réponse est donnée par la parabole du serviteur de retour du travail des champs : il ne prend pas de repos avant d’avoir servi son maître. Les parents le vivent tous les jours quand, de retour du travail, ils s’occupent d’abord des enfants : ils leur font raconter leur journée, ils regardent avec eux leurs devoirs, les font dîner. Ils leur apprennent à partager, à échanger, à communiquer.

Quand nous rentrons le soir, la journée n’est pas terminée. C’est la base de toute relation de couple, où l’autre passe avant soi, et c’est vrai des célibataires qui ont autant de proches parents, amis ou voisins dont ils doivent prendre soin, comme des personnes consacrées chargées de porter le monde et leurs frères dans la prière.

Le soir venu, la journée n’est pas terminée.

Reste avec nous Seigneur, pour que nous restions fidèles à notre baptême : le don de la foi, la victoire sur la mort, et le service de Dieu. Que la Vierge Marie notre mère nous garde dans cet esprit tout au long de notre vie, dans l’espérance du bonheur éternel : le soir venu, la journée n’est pas terminée.

« Le juste vivra par sa fidélité ».

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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