3ème dimanche de l'Avent - 11 décembre 2022

Mt 11, 2-11

 

Dimanche de la Joie

Réjouis-toi ! Ai-je dit il y a deux ou trois semaines à un enfant du Catéchisme qui avait pourtant les yeux encore tout embués : il venait de fondre en larmes en plein cours de Catéchisme et la Catéchiste me l’avait amené : ‘il faut que vous le consoliez’. Pourquoi un tel chagrin ? Il avait eu une mauvaise note à l’école. Il suffisait de le regarder, de voir son air sérieux et appliqué pour comprendre que c’était un accident, peut-être une première pour lui. Que s’était-il passé ? Il avait mal lu le sujet et il était partie bille en tête en hors sujet. Il était suffisamment honnête pour le reconnaître et de ne pas se croire victime d’une injustice. Réjouis-toi ! Tu viens de faire l’expérience essentielle de l’échec quand il n’est pas dramatique. Toute ta vie tu vas rencontrer des personnes très intelligentes qui n’auront jamais appris à bien lire le sujet, à réfléchir avant de disserter. Tu as sept ans d’avance sur moi : moi j’ai attendu la Terminale pour que notre professeur de philosophie, Sylviane Agacinski (hommage à elle), qui nous avait donné une phrase d’Aristote à commenter (tous les hommes désirent naturellement savoir), nous avait passé un savon parce qu’aucun d’entre nous, sur trente élèves, ne s’était demandé si c’était vrai. Il était parti apaisé.

Lire le sujet. Comprendre le problème avant d’apporter une solution. C’est la condition de ‘la participation de la famille chrétienne au développement de la société’, le troisième de ses quatre devoirs principaux selon Jean-Paul II, après ‘la formation d’une communauté de personnes’ et ‘le service de la vie’, que j’ai abordés aux deux premiers dimanches de l’Avent.

Voyez la façon dont Jésus rassure Jean-Baptiste, dans sa prison où il est en proie non pas au doute mais à la tentation : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». C’est de tentation qu’il s’agit, que pointe l’expression de Jésus : ‘occasion de chute’. Dans la vie spirituelle, les chutes viennent d’une mauvaise écoute ou de l’écoute des mauvaises personnes, celles à qui on aurait dû dire : Chut ! Silence !
Il faut imaginer Jean dans sa prison, moqué par les gardes et par ses codétenus : « Il est où, ton Messie ? Qu’il vienne te sauver ! ». Les mêmes insultes qu’à Jésus sur la Croix. Que pouvait-il répondre ? Taisez-vous ? – On n’en a pas toujours la force.
Je reçois toutes les semaines des personnes ébranlées dans leur foi, qui sont tentées de partir, de quitter l’Eglise, qui sont tentées d’écouter l’esprit du monde, tentées de ne plus faire confiance à personne, ce qui n’est pas possible, d’écouter les séducteurs de ce monde. Et je leur dis ce que Jésus dit aux disciples de Jean : où est-ce que l’Esprit Saint est à l’œuvre ?

Ma meilleure amie m’a raconté l’expérience qu’elle avait faite à quinze ans : elle avait demandé au Seigneur, pendant un été entier, de lui dire s’il existait. « Il m’a répondu. Tout est dans l’Écriture Sainte, ‘Tout y est, tu M’y trouveras’. Le Seigneur n’a pas changé depuis. Il ne m’a pas dit de Le trouver dans l’Église mais dans la Bible ». Plus exactement dans la Bible dans l’Eglise : la Parole de Dieu écoutée ensemble, avec des personnes qui n’ont pas les mêmes opinions politiques, pas les mêmes choix de vie, pas les mêmes goûts mais le même désir de Dieu, la même adoration des personnes divines, Père, Fils et Saint-Esprit, et, par voie de conséquence, le même respect de la personne, de toute personne humaine, et de sa liberté intérieure.

La famille, dit Jean-Paul II, est « le berceau et le moyen le plus efficace pour humaniser et personnaliser la société » (Familiaris consortio n. 43). « La famille possède et irradie des énergies extraordinaires capables d’arracher l’homme à l’anonymat, de l’éveiller à la conscience de sa dignité personnelle, de le revêtir d’une profonde humanité et de l’introduire activement avec son unicité et sa singularité dans le tissu de la société ».

Le plus grand malentendu du Christianisme est d’imaginer qu’on puisse devenir chrétien sans être d’abord ‘humain’. Ce n’est pas être chrétien qui rend humain, c’est le contraire : la grâce des sacrements et de la prière perfectionne et accomplit ce que nous avons d’humain.

Quand nous disons d’une personne qu’elle fait preuve d’humanité, d’un comportement qu’il est ‘humain’, ou que ‘c’est inhumain !’, que veut-on dire ? Je vous propose d’en discuter entre vous, de voir ce que cela suppose de sensibilité et d’attention, de sérieux et de réalisme, de conviction et d’engagement. Etre humain, c’est aussi être citoyen au meilleur sens du terme, en participant à la bonne marche de la Cité, de la société et de l’époque dans laquelle on vit.

La question de Jésus aux foules à propos de Jean, « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? », porte en elle-même un préalable : Pourquoi êtes-vous allés le voir ? Sinon parce qu’il vous accueillait, il vous écoutait, il vous parlait de vous autant qu’il vous parlait de moi et du Père. Il vous a parlé de moi dit Jésus, et il vous a pour cela parlé de vous : il a fait attention à vous, et vous avez eu cette joie d’être accueilli, écouté, respecté, reconnu. Cette joie est la clé d’une vie heureuse en famille et en société.

La participation de la famille chrétienne au développement de la société pourrait se résumer à cela : Donner la joie d’exister.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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