32ème dimanche du temps ordinaire - 8 novembre 2020

Mt 25, 1-13

 

Quelle est la probabilité pour qu’un groupe de jeunes filles, invitées à un mariage, sorties de la salle des noces pour aller au-devant du héros de la fête, s’endorment en l’attendant ? Aucune.
Deux possibilités : c’est invraisemblable parce que c’est une parabole. Comme l’histoire de la graine de moutarde qui devient un grand arbre où les oiseaux du ciel viennent faire leur nid et se reposer.
Deuxième possibilité, comme dans la parabole du semeur ou du bon grain et de l’ivraie, c’est Satan qui a fait ça : le sommeil qui s’empare d’elles est surnaturel. Il ne vient pas de Dieu puisque l’époux qu’elles attendent est le Christ. Ce sommeil ne vient pas de Dieu comme la torpeur que Dieu fit tomber sur l’homme pour créer la femme (Gn 2, 21). Il s’apparente à la torpeur qui tomba sur Abraham au moment de l’Alliance, « comme le soleil allait se coucher, et qu’une sombre et profonde frayeur tomba sur lui » (Gn 15, 12). Mieux, il ressemble à l’accablement des Apôtres à Gethsémani : saint Luc dit que Jésus les trouve endormis de tristesse (Lc 22, 45), saint Marc que « leurs yeux étaient alourdis et ils ne savaient que lui répondre » (Mc 14, 40).

Cette fatigue qui empêche de prier et fait perdre toute capacité d’écoute et d’attention – c’est peut-être pour vous le cas en cet instant -, est une obscurité du mauvais esprit car si le Diable est un expert en matière d’excitation, il l’est tout autant en matière d’engourdissement.

Un homme sympathique n’arrivait pas à comprendre que son épouse se soit laissé aller à un échange de mots doux avec un séducteur patenté, un petit flirt non consommé, que ce mari avait découvert parce que le Malin est malin, et vécu comme une trahison, une infidélité en pensée. Sans minimiser l’imprudence de l’épouse, je lui avais demandé s’il estimait que lui n’aurait jamais pu se laisser surprendre, se laisser aller à rêvasser. Vous me faites penser, lui ai-je dit, à l’apôtre Pierre qui jurait à Jésus : « Même si tous succombent, pas moi ! » (Mc 14, 29). Jésus venait de dire : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 31).

Nous pouvons tous nous engourdir, et sur bien des sujets et dans bien des domaines dans l’Eglise, nous nous sommes tous endormis ! Je parle des sacrements et de l’accès à l’Eucharistie. Dans les modes d’action du Diable, il y a la surprise, le mode d’action du terrorisme qui frappe par surprise et par lâcheté comme le Diable. L’homme se laisse surprendre. L’Ennemi engourdit (la conscience).
Une des phrases préférées du Diable, qu’il susurre et suggère devant les réalités les plus sublimes de la vie divine, est : ‘ça ne m’intéresse pas’. Le Seigneur nous appelle au bonheur éternel et vous dites : ‘ça ne m’intéresse pas’ ?!

Venons-en à la grande difficulté de cette parabole qu’est le refus des prévoyantes de partager : ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez chez les marchands vous en acheter’. Ce n’est pas par manque de charité qu’elles refusent, et résonne déjà la phrase terrible de la parabole du mauvais riche : « un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous » (Lc 16, 26).
Mais je voudrais l’expliquer à l’aide d’une notion décisive que sont les ‘chances raisonnables de succès’. C’est un des critères d’une guerre juste (Catéchisme de l’Eglise Catholique n. 2309), que nous gagnerions à appliquer à nombre de nos choix. Si vous voyez une personne tomber ou se jeter dans un fleuve glacé ou une mer démontée, et que vous n’êtes pas un nageur sauveteur expérimenté et encore, vous n’avez pas le droit de plonger pour essayer de la secourir. Vous ne feriez que mourir avec ou au mieux compliquer les secours. Pas le droit ? Mon ami Christophe n’était pas d’accord du tout : ‘si c’est ton enfant, tu y vas !’.

Lorsque Jésus envoie ses disciples au devant de lui, « dans toute maison où vous entrerez dites : la paix soit avec vous. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui. Mais, si l’on ne vous accueille pas, sortez et dites : Même la poussière de votre ville qui s’est collée à nos pieds, nous l’essuyons pour vous la laisser » (Lc 10, 5 … 11) : ne restez pas si vous n’avez pas de chances raisonnables de succès.

Le Seigneur nous a donné une intelligence pour que nous nous en servions. Pas pour justifier nos lâchetés mais pour limiter nos erreurs. La parabole de ce dimanche rappelle que le rôle de l’intelligence est de prévoir. L’ancienne traduction parlait des vierges sages et des vierges folles ; la Bible de Jérusalem dit que « cinq étaient sottes et cinq étaient sensées ». Si la grande règle de l’existence est que les choses ne se passent pas comme on le prévoit, son corollaire est qu’elles se passent encore plus mal si on ne le prévoit pas.

Lorsque nous disons que le Christ a tout connu de notre condition humaine sauf le péché, – il y a un sentiment qu’il n’a pas connu alors qu’il est si fréquent pour nous : c’est la surprise, la désillusion ou la déception. Jésus n’est jamais surpris.
Pourquoi les disciples sont-ils si souvent surpris dans l’évangile et ne comprennent-ils pas, sont sidérés notamment par la puissance et la tolérance de Jésus ? On peut dire qu’ils ne font pas assez attention, qu’ils n’écoutent pas. Est-ce vraiment la raison ? Pourquoi sommes-nous si souvent surpris ? Pourquoi nous laissons-nous surprendre ?

Esprit-Saint, Esprit de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de connaissance et de piété, Esprit d’adoration, de crainte du Seigneur, garde-nous du Malin, aide-nous à discerner en toutes choses les chances raisonnables de succès.

Père Christian Lancrey-Javal, curé

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