Aujourd’hui, plus que jamais, nombreux, nombreuses, celles et ceux qui sont en recherche de sens à donner à leur vie et qui ne savent pas comment s’y prendre.
Vivre comment, pour quoi et pour qui ? Dans quel but ? Comment être épanoui ? Ces questions taraudent un jour ou l’autre tout un chacun.
Les solutions ne sont pas évidentes car les propositions sont nombreuses. On peut se décider jeunes ou jamais. Si déjà on prend conscience que la vie est un cadeau inestimable, on gagne du temps.
Oui, vivre vaut mieux que de ne pas vivre ! Et en plus, pouvoir réfléchir, exercer une réelle liberté, exprimer des désirs, les partager avec d’autres, admirer la Création, autant de dons précieux qui permettent un juste émerveillement et une disponibilité naturelle au bonheur.
Être en vie est donc un grand cadeau, c’est une noce aux promesses insoupçonnables. Quoi qu’il arrive, il faut cultiver et tout faire pour partir de ce fondamental : la vie offerte et reçue est un trésor ; on peut en tirer du bon ou du mauvais.
Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus raconte une parabole suite à ce qu’il a pu observer au cours d’un repas où il est invité. Les invités assiègent les premières places. Lui vient alors l’idée de raconter une histoire de repas de noces. C’est important de le souligner. Dans les Ecritures, les repas de noces font souvent figure du banquet des noces éternelles au Ciel. Le sujet de cette parabole nous concerne aussi comme de futurs invités aux Noces du Paradis : « Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau… » disons-nous dans la sainte liturgie.
Sur terre nous sommes tous des invités.
A ce repas où Jésus est reçu, il constate donc la quête des participants à se choisir la meilleure place. Pourquoi pas ? On peut se féliciter de ce qu’ils ne sont pas masochistes. Jésus intervient et opère un renversement de perspectives : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, de peur qu’on ait invité quelqu’un de plus important que toi. » (Luc 14, 8). Le Christ invite plutôt de se mettre à la dernière place.
Pourquoi donc choisir les premières places ? Quelle que soit la place que nous occuperons, nous avons tout en abondance rien que par le fait d’être en vie et surtout de savoir que Jésus est là, lui aussi à la noce de la vie. Que pourrions-nous désirer de plus ?
Que celui qui cherche à avoir la première place aille s’asseoir à la dernière place.
Ne permets pas que ta science, tes diplômes, ton rang social ou familial te gonflent d’orgueil. Ne te laisse pas exalter par la renommée. C’est si facile et fréquent.
Mais plus tu es grand, plus il faut t’humilier en toute chose et I (Luc 1, 30), si bien qu’au moment favorable il te dira : « Mon ami, avance plus haut. Alors ce sera pour toi un honneur devant tous ceux qui sont à table avec toi. » (Luc 14, 10).
Effectivement, regardez Moïse, pour autant que cela dépendait de lui, il occupait la dernière place. Lorsque le Seigneur voulut l’envoyer vers les Fils d’Israël et l’invita à accéder à un rang plus élevé, il lui répondit : « Je t’en prie Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer, car je n’ai pas la parole aisée. » (Ex. 4,13). Ce fut pareil pour Saül et Jérémie qui redoutèrent de monter à la première place
Nous, chrétiens dans l’Eglise plus précisément, c’est par l’humilité et non par l’orgueil, par les vertus, non par l’argent, les responsabilités ou les relations sociales que nous devons chercher l’existence et l’épanouissement.
Finalement, le mystère chrétien comme le mystère de l’annonce des anawims de l’Ancien Testament (N.B. : Les anawims sont les pauvres de Dieu. En Hébreu, le singulier anawah est utilisé par les prophètes, dans les psaumes et par Marie dans le Magnificat) est de dépendre en tout du Seigneur : « Plus tu es grand, plus il faut t’humilier et devant le Seigneur tu trouveras grâce. » (Ben Sirac 3, 18). La grandeur est dans l’abaissement et dans la grâce du Seigneur : « A la détresse de l’orgueilleux il n’est pas de remède ; car la plante de la perversité est en lui. » (Ben Sirac 3, 28).
Nous avons besoin de découvrir que le sens de la vie repose par le Christ sur des valeurs paradoxales : la meilleure place est la dernière.
Enoncé ainsi, cela paraît simple mais se mettre à la dernière place n’est pas si facile. Il s’agit d’une conversion de tout notre être, jusqu’au plus profond de nous-même. C’est la loi même de la vie chrétienne : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » (Luc 14, 11).
Mettons-nous aux pieds de nos frères, et que nous laissions le Seigneur nous relever.
Ce qui est important, c’est ce don de nous-même qui seul donnera un sens et un bonheur authentique à notre existence terrestre. Osons expérimenter un don sans retour, afin que nous aimions pour aimer comme Dieu aime, sans recherche sur nous-même.
Cela est possible par la foi et la volonté. Dieu te le revaudra et il t’aidera à faire ce don pour qu’à travers toi le bien se fasse et que sa paix rayonne.
Ta vie sera comblée.
Père Jean-Pascal Duloisy, curé
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