2ème Dimanche de l’Avent - 8 décembre 2013

Mt 3, 1-12

Nous avons deux réticences ou deux objections d’apparence rationnelle sur le Paradis : d’abord nous sommes pris d’une sorte de vertige agoraphobe devant le nombre de personnes qu’il y aura, presque paniqués d’être si nombreux, ce qui rendra impossible de retrouver ceux qui nous ont précédés. Sans compter le risque de devoir rester debout, si c’est plein !

La deuxième objection porte sur notre capacité à vivre éternellement avec des gens différents. C’est ainsi que je vous propose de comprendre l’apostrophe de Jean-Baptiste aux Pharisiens et Sadducéens : Engeance de vipères = vous vous croyez si différents des autres ? Vous vous croyez vraiment supérieurs aux autres ? Vous vous tenez et vous vous croyez à part.

Les Pharisiens et les Sadducéens formaient des groupes très fermés, qui revendiquaient leur différence, et qui avaient poussé jusqu’à l’extrême le principe de séparation de l’impur. Sauf dans leurs paroles et leurs commentaires. On le voit dans l’évangile, quand ils s’approchent de Jésus en sifflant comme des serpents, « pour le prendre au piège »..

Qu’est-ce qu’un nœud de vipères, sinon un endroit déconseillé à tout ce qui n’est pas vipère,  « personne médisante ou malfaisante », qui ne vit que par la critique et le venin.

Isaïe promet que ce jour-là, quand le Seigneur règnera, « le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main ». Ce jour-là, où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble », n’est pas encore venu, et, dans la crèche, nous avons le bœuf et l’âne, mais pas le bœuf et le lion (ils sont avec l’aigle et l’homme les évangélistes !).

Il y a des gens qui ne croient pas au Paradis parce qu’ils s’imaginent que nous serons trop nombreux et trop différents. Laissons la question du nombre : l’outil informatique nous donne une petite idée du volume illimité d’informations qu’il est possible de traiter en temps réel.

Dans l’Ancien Testament, Dieu était appelé Sabbaot, Dieu des Armées, symbole de sa puissance d’ordre et de rangement. L’image dans le Nouveau Testament est plus attirante, comme dans la multiplication des pains où Jésus fait asseoir la foule, les milliers de personnes présentes, par groupes de cent ou de cinquante, et tous mangent à leur faim. Cette promesse a, dans la Tradition, le nom que saint Augustin a donné à la paix : la ‘tranquillité de l’ordre’.

Lorsqu’à la messe, je dis le Canon romain, j’éprouve un petit frémissement au moment de la prière pour les défunts, quand le texte demande à Dieu de les accueillir « dans la joie, la paix et la lumière », tant ces termes me semblent éloignés du sentiment qui anime les personnes endeuillées.
Ce sont pourtant trois noms de l’Esprit-Saint, et son synonyme pour le premier : la joie. Quand Jésus parle de joie, il parle de l’Esprit Saint. Pour la paix, c’est encore plus évident car le don de la paix est le don de l’Esprit au soir de Pâques : c’est le don du Ressuscité.

Enfin, la lumière est la lumière de la conscience, l’âme de l’Esprit. Jean-Baptiste était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage.

La fête de Noël que nous préparons a un objectif, un maître-mot qui vient unifier tout cela, et qui s’applique parfaitement à la vision paradisiaque du prophète Isaïe : l’harmonie.

C’est toute la différence avec la trêve, qui devra être la règle pour les fêtes, une cessation temporaire d’hostilité, un temps d’arrêt et de répit : la trêve se marchande, elle s’achète ou elle se négocie, tandis que l’harmonie est l’œuvre de l’Esprit.

L’exhortation du Pape François sur la Joie de l’Evangile constitue à cet égard une sorte d’hymne à l’Esprit-Saint, un éloge de la diversité.

Evoquant la multiplicité des visages de l’Eglise, et pourrions-nous ajouter des chemins de l’unique Salut par le Christ, le Pape dit à tous ceux qui s’en inquiètent ou qui en doutent que « bien comprise, la diversité culturelle ne menace pas l’unité de l’Église.

C’est l’Esprit Saint, envoyé par le Père et le Fils, qui transforme nos cœurs et nous rend capables d’entrer dans la communion parfaite de la Sainte Trinité où tout trouve son unité. Il construit la communion et l’harmonie du peuple de Dieu » (n. 117).

« L’Esprit Saint lui-même est l’harmonie, de même qu’il est le lien d’amour entre le Père et le Fils. C’est lui qui suscite une grande richesse diversifiée de dons et en même temps construit une unité qui n’est jamais uniformité mais une harmonie multiforme qui attire ».

« Ce n’est pas faire justice à la logique de l’incarnation que de penser à un christianisme monoculturel et monocorde ».
Eh bien moi je vous dis : ce n’est pas faire justice à la Miséricorde de Dieu que de penser que les membres d’une famille doivent se ressembler pour se rassembler.
« Les différences entre les personnes et les communautés sont parfois inconfortables, mais l’Esprit Saint, qui suscite cette diversité, peut tirer de tout quelque chose de bon, et le transformer en un dynamisme évangélisateur qui agit par attraction. La diversité doit toujours être réconciliée avec l’aide de l’Esprit Saint ; lui seul peut susciter la diversité, la pluralité, la multiplicité et, en même temps, réaliser l’unité » (n. 131).

« Quand c’est nous qui prétendons être la diversité et que nous nous enfermons dans nos particularismes, dans nos exclusivismes, nous provoquons la division. Et quand c’est nous qui voulons construire l’unité avec nos plans humains, nous finissons par imposer l’uniformité, l’homologation. Ceci n’aide pas à la mission de l’Église ».

Un peu plus tôt dans le texte, le Pape a cette exclamation magnifique : « Je voudrais dire à ceux qui se sentent loin de Dieu et de l’Église, à ceux qui sont craintifs et indifférents : Le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec grand respect et amour ! ».
Puissent nos familles dire à ceux de leurs enfants qui se sentent loin d’elles, trop différents, craintifs, lassés ou indifférents : tu fais partie de notre famille ! Et puissent-elles le faire avec grand respect et amour !

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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