26ème Dimanche du Temps Ordinaire - 29 septembre 2013

Lc 16, 19-31

Tout au long du mois de septembre, je vous ai livré quelques réflexions sur le projet de Dieu, et le projet de l’homme, autrement dit sur le sens de la vie, et nous avons, avec cette parabole, une heureuse conclusion (?) avec cette suggestion de l’enfer, cette parabole sur l’au-delà. Vous trouverez des spécialistes pour vous expliquer que ce ‘séjour des morts’ n’est pas l’enfer … On y est quand même en proie à la torture.

Que ce soit l’enfer ou les enfers, notre principale objection est l’idée que des proches puissent s’y trouver alors que nous serions au paradis.
La damnation éternelle d’étrangers ne nous contrarie pas beaucoup : il suffit de voir notre indifférence à l’égard de millions d’êtres humains qui meurent de faim. Jamais cette parabole n’a si bien décrit la situation de l’humanité.

« Mon père, à quoi cela sert-il de nous culpabiliser ? »

Dans les années 60, quand un enfant refusait de finir son assiette, ses parents ou ses aînés lui disaient : ‘pense aux enfants du Biafra’. Aujourd’hui, on a le souci de l’environnement, avec de belles poubelles de couleur pour le tri sélectif, et un gaspillage jamais atteint. Cette page d’évangile dit bien qu’un mauvais riche se reconnaît à ses déchets : le pauvre Lazare aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche.

Ce problème des déchets n’est pas une digression : elle permet de répondre à la deuxième objection concernant l’enfer, à savoir sa compatibilité avec la bonté de Dieu. Comment Dieu, qui est infiniment bon, pourrait-il laisser souffrir ses enfants éternellement ? Et il faut insister sur le caractère définitif de l’enfer : c’est sans espoir.

Cette deuxième objection confond bonté et gentillesse ou plutôt fait l’impasse sur une qualité essentielle de Dieu : sa pureté. Voilà pourquoi je vous disais que la question des déchets est une bonne façon d’entrer dans le mystère de l’enfer.

Puisque nous célèbrerons dans deux dimanches la consécration du monde au Cœur immaculé de Marie, conformément à ce que Notre Dame a demandé à Fatima, permettez-moi d’évoquer quelques aspects significatifs des mémoires de Sœur Lucie, la ‘survivante’ des trois petits voyants de Fatima.

La maman de Lucie était une femme pieuse, admirable et très sévère, qui a buté de toute sa foi sur les apparitions : pendant des mois, elle a exigé de sa fille qu’elle avoue qu’elle avait menti. Même en présence d’un signe manifeste reçu après des mois de crise familiale, ce signe étant sa propre guérison, la maman de Lucie n’arrivait pas à croire. Toute la joie familiale, tout le bonheur de vivre de cette famille avait disparu. Seul restait pour la mère comme pour la fille leur attachement indéfectible au Christ, leur amour passionné pour Jésus, et leur conviction que sa tendresse à Lui Jésus, la tendresse divine était plus importante que la tendresse humaine.

Si quelqu’un ne me préfère pas à son père, sa mère, son frère, sa sœur ou son enfant, dit Jésus, il n’est pas capable d’être mon disciple.

Dans la famille de Sœur Lucie, il n’y avait pas de compromis avec le mal, ni de place pour l’impureté. Il n’y avait aucune compromission avec l’esprit du monde.
Lucie a raconté comment sa Première communion avait changé sa vie, comment elle avait reçu en elle une Présence qui allait éclipser tous ses autres penchants et toutes les autres affections.
Le mystère du paradis, autrement plus essentiel que celui de l’enfer, est celui de la Présence divine qui comble notre cœur, en débarrasse tout ce qui est illusoire, et donne le bonheur sans fin. Les Saints et les Saintes ont fait l’expérience de cette Présence et de cette Plénitude. C’est même la définition de la sainteté : croire que Dieu comble et veut combler tout être de son Amour infini.

J’ai accompagné cette année une femme remarquable, dont j’ai célébré les obsèques début août, quand presque tout le monde était parti de Paris. Elle avait dix ans de plus que moi. C’était une personnalité parisienne. Elle est morte après des semaines d’atroces souffrances physiques et morales. Elle n’arrivait pas ou plus à croire : elle était submergée d’angoisses. Et elle comptait sur moi pour son Salut.
Lors de notre dernière rencontre, dont nous savions elle comme moi que c’était la dernière, je lui ai donné les derniers sacrements, et je lui ai promis que je n’irai pas au paradis sans elle. Que Dieu me pardonne cette promesse si elle est insensée ! Mais il sait que je veux aller au Paradis, dans son Royaume, même si je pèche dix fois par jour, et que je fais encore tant de choix qui n’y conduisent pas. Dieu sait que je veux aller au Paradis et que je veux y retrouver ceux que j’aime pour partager enfin ce qu’il y a de plus beau dans notre foi.

J’accepte, avec sans doute une grande inconscience, de répondre aussi des actes de cette femme, de cette amie, de ses mauvais choix, en plus des miens et de tous ceux des autres personnes que j’aime. Sauf que nous ne devons pas attendre le Dernier Jour, et comme l’a demandé la Belle Dame aux trois voyants de Fatima : sommes-nous prêts à faire pénitence, à vivre dès maintenant de cette terrible purification de notre cœur ?

Sainte Thérèse d’Avila donne trois raisons pour lesquelles Dieu se ‘cache’ dans l’hostie de la messe (Vida, c. 34). S’il se donnait à nous en pleine vision, dans l’état où nous sommes, nous serions désintégrés par sa pureté. Nos péchés nous consumeraient. Nous devons nous en purifier au maximum, avant de le rencontrer dans sa Gloire.
Deuxièmement, nous serions démotivés : la vie n’aurait plus aucun goût si nous savions ce qu’est le bonheur de voir Dieu. Nous n’aurions peut-être même plus idée de nous occuper du pauvre.
Enfin, pire encore, nous risquerions le dégoût de nous-mêmes, et d’être comme ce riche au séjour des morts qui ne cherche même plus son salut, qui renonce (trop tard) à lui-même pour cette ultime tentative au moins pour ses frères.

La grâce de l’Eucharistie est de nous donner un juste amour de nous-même, juste quand il est fondé sur ce que Dieu aime en nous. Nous sommes tous sensibles à ce que nos proches aiment en nous : pourquoi ne ferions-nous pas également attention à ce que Dieu aime en nous ? Posez-vous la question : ‘qu’est-ce que Dieu aime en moi ?’.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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