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Vivre en famille, c’est bien plus difficile, mais… : c’est bien plus beau que de vivre en bateau

Fête de la Sainte Famille - 29 décembre 2013

Mt 2, 13 … 23

L’évangile de cette fête racontant (cette année) les menaces qui ont pesé d’emblée sur la Sainte Famille, je vous pose cette question simple : est-il plus difficile de fonder (et de garder, et de garder unie) une famille aujourd’hui que par le passé ?
En cette fin d’année 2013, comment ne pas avoir à l’esprit l’atteinte grave portée par l’Etat français à l’institution familiale ?
Le Pape François s’en est fait l’écho dans sa Lettre, dans un passage qui mérite d’être cité puisqu’il cite les Evêques français !
« La famille traverse une crise culturelle profonde, comme toutes les communautés et les liens sociaux. … Le mariage tend à être vu comme une simple forme de gratification affective qui peut se constituer de n’importe quelle façon et se modifier selon la sensibilité de chacun.
Mais la contribution indispensable du mariage à la société dépasse le niveau de l’émotivité et des nécessités contingentes du couple. Comme l’enseignent les Évêques français, elle ne naît pas ‘du sentiment amoureux, par définition éphémère, mais de la profondeur de l’engagement pris par les époux qui acceptent d’entrer dans une union de vie totale’ » (n. 66).

En vérité, la question de savoir s’il est plus difficile de fonder et même de vivre en famille que par le passé, cette question est triple, qui en contient deux autres : Est-il plus difficile d’être chrétien aujourd’hui que par le passé ? Est-il plus difficile de tenir un engagement, puisque c’est cela qui fait un chrétien, une famille et une famille chrétienne : la fidélité à son baptême, à sa parole, à ses valeurs, et à Dieu qui est l’Amour.

L’enjeu est grand : il s’agit de nos relations aux trois personnes de la Trinité, au Père, en étant chrétien, au Fils, par notre marche à sa suite, et à l’Esprit, pour vivre en frères et sœurs au sein d’une seule et même famille humaine.

Etre chrétien signifie annoncer l’Evangile, et elle est belle cette définition du Chrétien : celui qui annonce la Miséricorde du Père, comme le Christ !
Comme le note le Pape, « il y en a qui se consolent en disant qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; cependant, nous devons reconnaître que les circonstances de l’empire romain n’étaient pas favorables à l’annonce de l’Évangile, ni à la lutte pour la justice, ni à la défense de la dignité humaine. A tous les moments de l’histoire, la fragilité humaine est présente, ainsi que la recherche maladive de soi-même, l’égoïsme confortable et, en définitive, la concupiscence qui nous guette tous. … Cela vient des limites humaines plus que des circonstances. Par conséquent, ne disons pas qu’aujourd’hui c’est plus difficile ; c’est différent. Apprenons plutôt des saints qui nous ont précédés et qui ont affronté les difficultés propres à leur époque » (n. 263).

Apprenons des Saints, et de la Sainte Famille. Que nous apprend-elle ?

Elle nous donne le modèle des relations à la sainte Trinité, et d’abord l’obéissance au Père. Dans la Sainte Famille, Jésus était soumis à ses parents.

Il l’était parce que ses parents étaient soumis à Dieu, comme on le voit dans l’attitude de Joseph. C’est la folie des parents qui veulent que leurs enfants leur obéissent alors qu’eux-mêmes ne donnent pas l’exemple !

L’obéissance est un état d’esprit. Un rapport au temps. Cherchant à comprendre le manque d’engagement des Chrétiens dans l’annonce de l’Evangile, le Pape refuse l’argument du trop-plein d’activités : « Le problème, ce sont surtout les activités mal vécues, sans les motivations appropriées, sans une spiritualité qui imprègne l’action et la rende désirable. De là découle que les devoirs fatiguent démesurément et parfois nous tombons malades. Il ne s’agit pas d’une fatigue sereine, mais tendue, pénible, insatisfaite, et en définitive non acceptée » (n. 82).

Il évoque l’impatience d’arriver à des résultats immédiats, qui fait qu’on n’accepte pas certaines contradictions, un échec apparent, une critique, une croix.
Trop de Chrétiens sont, à l’image de leurs contemporains, des déçus : déçus par la réalité, par l’Église ou par soi-même, avec cette tentation de céder à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit le cœur comme le plus précieux des élixirs du démon disait Bernanos.
La déception restreint la vision : on préfère un petit moment agréable à l’aspiration immense que réclame notre cœur ! Vous ne voudriez pas la paix pour le monde ?!
Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! Non au pessimisme stérile : « Notre foi est appelée à voir que l’eau peut être transformée en vin, et à découvrir le grain qui grandit au milieu de l’ivraie ».

Une 2ème lumière de la Sainte Famille se trouve dans la confiance qui anime Joseph et Marie, malgré les obstacles et les menaces. Le Pape exhorte à nous garder de la plus grande des tentations : la peur de l’échec. Personne ne peut engager une bataille s’il n’espère pas pleinement la victoire. Celui qui commence sans confiance a perdu d’avance la moitié de la bataille et enfouit ses talents. Même si c’est avec une douloureuse prise de conscience de ses propres limites, il faut avancer sans se tenir pour battu, et se rappeler ce que dit le Seigneur à saint Paul : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9).

De même qu’il faut distinguer optimisme et espérance (dans l’acceptation des épreuves et le secours de la grâce), de même, ne confondons pas pessimisme et sagesse. C’est le plaisir de la formule, le goût du paradoxe, l’esprit français qui faisait dire à Paul Valéry que ‘voir clair, c’est voir noir’. Nous Chrétiens disons : voir clair, c’est voir Dieu.

Enfin, la Sainte Famille nous enseigne que cet état d’esprit est un ‘esprit de famille’, où chacun se préoccupe des autres plus que de soi-même, où le bien se veut partage, où on ne garde pas tout pour soi. L’engagement est un problème quand il est vécu comme une atteinte au temps libre, une amputation du temps personnel. Or, on ne mesure pas sa liberté à sa quantité de temps libre. La liberté se mesure à la certitude que d’autres en bénéficient.

« La vie augmente quand elle est donnée et elle s’affaiblit dans l’isolement et l’aisance. Quand l’Église appelle à l’engagement évangélisateur, elle ne fait rien d’autre que d’indiquer aux chrétiens le vrai dynamisme de la réalisation personnelle : nous découvrons ainsi une autre loi profonde de la réalité : que la vie s’obtient et se mûrit dans la mesure où elle est livrée pour donner la vie aux autres. C’est cela finalement la mission » (n. 10). C’est cela l’esprit de la Sainte Famille.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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