Messe du Jour de Noël - 25 décembre 2013

Jn 1, 1-18

A l’annonce d’une naissance, les premiers mots normalement sont pour la mère de l’enfant : comment va la maman ? Or, nous avons pris l’habitude de plutôt finir par la Vierge Marie : nous finissons nos messes par un chant à la Vierge. Les Lettres et Encycliques du Pape se terminent par quelques paragraphes sur Marie. Et même cet Octave de Noël se conclura au 1er janvier par la célébration de la maternité divine de Marie.
Commençons par elle aujourd’hui, avec cette phrase extraordinaire de la Lettre du Pape François sur la Joie de l’Evangile : « Chaque fois que nous regardons la Vierge Marie, nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection » (n. 288).

Tout est dit en quelques mots et de la Joie de l’Evangile et de la Joie de Noël : nous croyons à la force révolutionnaire de la tendresse.

Les deux mots semblaient opposés : force et tendresse. Ils sont réconciliés par l’Esprit-Saint, qui est force et douceur, et dont le symbole est l’huile sainte, l’onction sacrée qui vient à la fois caresser et revigorer les corps endoloris.

On m’a dit qu’il ne fallait pas, dans les homélies, faire de citations trop longues.

Cela fatigue paraît-il l’auditeur qui arrête d’écouter, sans doute parce qu’il ne sait plus qui parle, quelle est la voix qu’il écoute : celle du prédicateur ou celle d’un texte écrit. Et puis, de toutes façons, le texte à commenter est celui de l’évangile, et si on en ajoute un autre, on risque de se perdre. Mais le jour de Noël est exceptionnel, permettez-moi ce ‘cadeau’, cinq phrases de la Lettre du Pape, sur  « la révolution de la tendresse ».

Elles sont cinq clés sur le Prologue de saint Jean.

Il parle d’abord des ténèbres qui règnent en ce monde, ou qui du moins lourdement l’assombrissent :

1° « L’idéal chrétien invite à dépasser le soupçon, le manque de confiance permanent, la peur d’être envahi, les comportements défensifs que le monde actuel nous impose ».

Voici la lumière venue en ce monde : voilà ce qu’elle vient révéler et en même temps chasser. Est-ce que ces comportements défensifs viennent seulement du monde actuel ? Le mot de soupçon renvoie à l’origine de nos malheurs, au manque de confiance que nos premiers parents ont eue de la Bonté de Dieu. En tout cas, ces comportements sont réels, et c’est la peur qui conduit au repli :

2° « Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile ».
Pour vivre heureux, vivons cachés, dit le proverbe : vivons à l’écart, avec ceux qu’on a soi-même choisis. Heureusement qu’il y a la messe le dimanche et les fêtes pour nous retrouver physiquement ensemble.

Lorsque saint Jean dit que le Verbe « est venu chez les siens, mais que les siens ne l’ont pas reçu », on aurait tort de penser que l’expression ne désigne que les contemporains de Jésus. Elle désigne tout cercle fermé qui ne vit que pour lui-même. Or le réalisme social de l’Evangile est un réalisme physique et concret de l’existence d’autrui :

3° « De même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande ».
Vous savez très bien que la joie de Noël est de retrouver des proches autrement que par écrans interposés : aller embrasser une grand-mère plutôt que de lui téléphoner.

4° « L’Évangile nous invite à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps ».
Juste avant, dans sa Lettre, le Pape François dit qu’à cause de l’explosion des techniques, réseaux et instruments de communication, nous ressentons une nécessité nouvelle de « se prendre dans les bras ».
Je vous ai parlé de cette femme admirable qui nous a quittés cet été, sans laisser d’enfants : elle n’avait pas son pareil pour dire aux personnes qui travaillaient avec elle, dans un élan du cœur : ‘je te prends dans mes bras’, et même : ‘Je te serre dans mes bras gonflés de chocolat’.

« Sortir de soi-même pour s’unir aux autres fait du bien ». Aux autres et à soi.

Voici enfin la 5ème et dernière phrase :

5° « La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse ».

La fête de Noël est une fête de la chair. Pas au sens sexuel où l’expression est utilisée comme dans ‘péché de la chair’, mais dans le mystère inouï que nous célébrons du Verbe qui s’est fait chair, pour s’unir à nous.

C’est le sens de la Communion, puisque de Dieu, nous allons manger la chair pour avoir la vie en nous. Et à ce moment-là, que nous le recevions dans l’hostie, ou par une communion spirituelle, une bénédiction sur le front ou en pensée, c’est comme si Dieu nous prenait dans ses bras.

Nous allons dépasser nos craintes, nos soupçons.
Nous allons nous ouvrir à des gens que nous ne connaissons pas.
Nous allons les rencontrer autrement que par écrans interposés.
Nous allons prendre ce risque de l’autre.
Et nous allons vivre cette révolution de la tendresse ; n’attendons pas la fin de la messe pour nous ‘prendre dans les bras’ :

Frères et sœurs, dans la charité du Christ,
échangez tendrement un geste de paix.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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