Messe de la Nuit - 24 décembre 2013

Luc 2, 1-14

Parfois on dit qu’on aimerait être une petite souris pour voir quelque chose que personne n’a pu voir : moi j’aurais voulu être un âne. Ou un bœuf, non pas pour voir l’enfantement, Seigneur ! mais pour voir Marie emmailloter et coucher son enfant, Jésus. Vous imaginez ses gestes, la délicatesse, la précision, la légèreté, l’évidence, la grâce de ses mouvements ?

Ce n’était pas la première fois que la Vierge Marie s’occupait d’un enfant : on n’a plus idée, dans nos vieux pays, de ce qu’était l’existence ordinaire jusque dans les années 50, quand les familles étaient composées de cinq, six, sept enfants, et bien davantage. Toutes les jeunes filles apprenaient très tôt à langer les bébés.

On peut penser, quand Marie s’est rendue chez sa cousine Elisabeth, l’Ange lui ayant donné ce signe qu’Elisabeth était enfin enceinte, qu’elle l’a fait, j’allais dire sans réfléchir, sans hésiter parce que l’attention aux autres, l’aide à apporter était la marque de sa grâce. Elle avait, comme on dit aujourd’hui, cette expertise, une longue pratique déjà et une grande expérience.

Avec l’enfant Jésus, les gestes de Marie sont une véritable liturgie. Si c’était un spectacle, on dirait une chorégraphie. En tout cas, cela se fait dans la fluidité, et l’harmonie : c’est la beauté de la nuit de Noël.

Vous avez déjà vu un chef cuisinier préparer un plat, découper des légumes, émincer, ciseler, affiner ? Ou bien un pianiste jouer sa sonate préférée, avec ses mains qui dansent sur les touches ? Ou bien encore, plus terre à terre, un petit génie du football qui jongle avec un ballon ? Cela paraît tellement facile qu’on oublie qu’il faut un talent, une aptitude, il faut une passion pour répéter pendant des heures, accumuler des années d’entraînement, et il faut une tradition depuis des générations, qui fait que le germe peut pousser dans un terreau préparé.

Il en va de même pour Noël : il y a là un événement universel, une action humaine commune à toute l’humanité, le fait d’enfanter comme le fait de nourrir, ou de cuisiner, comme le fait de jouer au ballon ou au piano, de pratiquer un sport ou un art, mais il est ici, comme il ne l’a jamais été pour aucune autre activité, porté à sa plénitude.

Dans aucun domaine de la vie, nous ne sommes des générations spontanées, et le Christ est né de la Vierge Marie qui avait été préparée depuis des siècles et portée par une Culture, un peuple, une communauté.

Et pourtant, Jésus est né à l’écart, dans une autre maison que celle de ses parents, une autre maison que la maison familiale. Il n’est même pas né dans une maison puisqu’en ce lieu il y avait une mangeoire. C’est tout ce qu’on sait, et cela signifie qu’on était dans un univers domestique à la limite de l’humain, le monde animal domestiqué par l’homme, mais cela ne fait pas peur à Dieu, qui est mieux placé que quiconque pour savoir que l’animal est très proche de l’humain.

Et depuis deux millénaires nous célébrons cette nuit où l’on est passé, une fois pour toutes, non pas de l’animal à l’humain, mais de l’humain au divin. Cette nuit-là, cet enfant qui est né était Dieu.

Et désormais, il ne nous est plus possible de poser un regard qui l’ignore, sur quelque personne que ce soit : ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait.

Je voudrais m’adresser à ceux d’entre vous qui ne venez pas souvent à la messe, pour vous remercier d’être là, réunis par ce qui concerne toute l’humanité. Si vous n’aviez pas été là, vous nous auriez manqué.

Nous sommes réunis par l’unique condition d’union et d’unité entre les êtres humains qui est bien sûr l’amour mais il ne suffit pas de prononcer ce mot : disons plus clairement par le mystère de la grâce.

Si vous revenez demain matin pour la messe du jour … vous entendrez le plus beau texte jamais écrit avec des mots humains, le Prologue de saint Jean, qui dit qu’au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Et il se finit par ces mots inoubliables : « tous nous avons eu part à la plénitude de Dieu, nous avons reçu grâce après grâce : après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ ».

Bien sûr qu’elles existaient, la grâce et la vérité, « avant Jésus-Christ », avant la venue de Dieu parmi les hommes, bien sûr qu’on pouvait voir, comme on le lit dans la Bible, les mains d’un potier façonner l’argile, donner corps à la matière, libre cours à sa passion, sens à son travail, nouveauté à tant de répétitions.

La grâce est à l’œuvre depuis le commencement du monde.

Mais jusqu’au Christ, elle butait sur le temps. Elle pouvait avoir un très long passé, elle pouvait être un formidable instant présent ; elle n’avait pas d’avenir. Ce qui advient à Noël, c’est l’avenir, par Dieu, avec Dieu et en Dieu. Nous allons le vivre tout au long de l’année, de messe en messe, jusqu’à l’Ascension, l’entrée de l’humanité dans la Gloire.

La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ : la grâce est la possibilité pour chacun de se découvrir aimé de Dieu.

Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse : mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Et le Psaume (Ps 130) conclut : Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.

Grâce à Jésus nous ajoutons : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, et pour les siècles des siècles. Nous attendions : Il est venu, il est là, pour chacun de nous. Il va se rendre réellement présent, se faire nourriture, Pain de Vie, comme une mère nourrit son enfant.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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