29ème Dimanche du Temps Ordinaire - 20 octobre 2013

Lc 18, 1-18

Sainte Thérèse d’Avila, dont nous avons célébré la fête mardi dernier, le 15 octobre, raconte dans le récit de sa ‘Vie’, ses débuts dans la prière : « Il me semblait qu’avec des livres et de la solitude aucun danger ne pourrait me ravir le grand bien dont j’étais favorisée » (Vie, chap. 4). Je sais que, pour certains, se trouvent là deux points de butée : lire des livres ! Et être seul(e) ! Attendez !

Le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, le fondateur de Notre-Dame de Vie, qui a écrit des livres magnifiques sur sainte Thérèse et sur saint Jean de la Croix (notamment ce qui est peut-être un des plus beaux livres de la littérature spirituelle du XXème siècle : « Je veux voir Dieu »), commente cette phrase (dans un petit livre « L’oraison des débutants », publié en 1945 et réédité en 2012 aux éditions du Carmel – je conseille toujours de donner la priorité aux livres réédités …) :
« Cette affirmation précise les besoins des débutants dans la vie d’oraison : la lecture et la solitude leur sont également nécessaires. La solitude assure à l’oraison son atmosphère ; la lecture lui fournit son aliment ».

Atmosphère et aliment, ambiance et nourriture. La foi et la prière sont des réalités vivantes, mieux encore, des réalités humaines qui ont besoin d’intelligence. La foi, dit le Père Marie-Eugène, « a besoin de l’aliment de la vérité dogmatique pour s’épanouir ».

« La foi ne peut adhérer à Dieu et entrer en son objet qui est le mystère divin que par l’adhésion de l’intelligence à la formule dogmatique qui exprime la vérité divine en langage humain ».

S’il y avait une chose à retenir en cette Année de la Foi, c’est que le Credo est une prière. Nous le disons ainsi dans cette église tout au long de la semaine au début de l’adoration, au moment de l’exposition du Saint-Sacrement : nous disons le Credo comme nous devrions le prier chaque dimanche à la messe, les yeux fixés sur Jésus-Christ. Le Credo est la prière qui vient nourrir notre amour pour Dieu.
Et quand nous récitons le Credo, nous ne portons pas cette prière devant Dieu (au sens où nous maîtriserions chacune des paroles) : c’est cette prière de l’Eglise qui nous porte devant Dieu ! Ce n’est pas nous qui portons l’Eglise, c’est elle qui nous porte.

Dans la parabole du juge inique et de la pauvre veuve, il est question de justice, mais plus encore d’intelligence. Ce que cette femme défend, au-delà de ses intérêts, c’est la justice, ce qui lui est dû, mais au-delà de la justice, c’est la raison, car ce qui est juste est raisonnable. Les deux mots sont interchangeables : c’est juste = c’est raisonnable.

Que certains hommes soient payés cinquante, cent fois plus que d’autres n’est pas injuste : c’est de la folie ! Ils ont cent fois plus de responsabilités ? Il ne faut pas exagérer : les responsabilités ne sont pas uniquement proportionnelles aux enjeux. Est-ce que des parents de cinq enfants ont cinq fois plus de responsabilités que ceux qui n’en ont qu’un ?

Les responsabilités sont d’abord affaire de conscience.

Ce juge indigne n’a pas de conscience : il ne respecte pas Dieu pas plus que la justice. Il n’a pas de vie intérieure : il ne va céder qu’au nom de son confort. Le texte dit par deux fois qu’il ne respecte pas Dieu et qu’il se moque des hommes, car l’un entraîne l’autre : vous pouvez vérifier autour de vous.

Dans quelques instants, au début de la 2ème partie de la messe, de la liturgie de l’eucharistie, je dirai : « Rendons grâce au Seigneur notre Dieu », et vous répondrez : « Cela juste et bon ». Ce n’est pas ‘bon’ au sens d’agréable : c’est logiquement bon, c’est bon pour l’intelligence, et en répondant vous pourrez penser intérieurement : « Cela est juste et raisonnable ».

Il est juste et raisonnable de rendre à Dieu le respect et les honneurs qui lui sont dus, de chercher à mieux le connaître, d’entrer avec notre intelligence dans le mystère divin.

Il y a ceci de très étonnant que lorsque nous voulons obtenir les faveurs de quelqu’un, nous cherchons les arguments auxquels cette personne sera sensible. Les enfants savent très bien faire cela : jouer sur la corde affective, rappeler les promesses qui ont été faites, en faire de nouvelles, etc. Les plus doués d’entre eux feront de bons commerciaux, qui mettront leur empathie à deviner les désirs de leurs clients. Nous touchons là quelque chose de très particulier, et de très dévoyé chez l’homme : la connaissance séparée de l’amour. Ou plutôt la connaissance de l’autre mise au service de l’amour de soi, de mes propres intérêts.

Mais imaginez la connaissance au service de l’amour.

Lorsque j’accompagne des fiancés vers le mariage, l’étape la plus importante voire l’essentiel de cette préparation porte sur la connaissance qu’ils ont l’un de l’autre. Bien sûr, cela m’est utile au jour de la célébration, pour que le propos soit personnel, mais en vérité c’est la seule préparation sacramentelle véritable, de la même façon que l’Eglise a vérifié, avant de m’ordonner prêtre, que mes connaissances sur Dieu étaient suffisantes et exactes : nous ne pouvons aimer et servir que ce que nous connaissons.

Nous ne pouvons aimer que ce que nous connaissons. Mes amis, il y a une part, une nourriture dogmatique de la prière : « la solitude lui assure son atmosphère ; la lecture lui fournit son aliment ».
Cette ‘lecture’ ne doit pas être interprétée de façon étroite : traditionnellement, on appelle ‘lecture spirituelle’ le cours, la conférence, l’enseignement donné par celui ou celle dont le métier est de lire et de restituer à ses semblables ce qu’il a ainsi acquis et retenu. On peut dire d’une homélie qu’elle est une lecture spirituelle : elle est une relecture commune, faite dans la Tradition et l’Esprit de l’Eglise, d’un passage de l’évangile, des textes du dimanche.

Cela suppose que vous reveniez ensuite dessus, à tête reposée : Seigneur, ce que j’ai lu ou entendu, qu’est-ce que cela me dit sur toi ? Je veux te connaître, mon Dieu.

Retenons, pour aujourd’hui, que Dieu veut qu’il y ait un peu plus d’intelligence dans nos vies, et dans nos prières. Dieu est intelligent : il ne s’est pas donné tout ce mal pour nous laisser tomber. La plus grande leçon de l’évangile, et de toute l’Histoire est la persévérance de Dieu, sa patience à notre égard. Et comme il sait tout, qu’il sait comment ça finit, et qu’il nous aime, nous pouvons avoir confiance.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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