24ème Dimanche du Temps Ordinaire - 15 septembre 2013

Lc 15, 1-32

Dans ta miséricorde, Seigneur, tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils te cherchent et puissent te trouver.
Voilà ce que dit la 4ème Prière eucharistique dont je vous parlais dimanche dernier à propos du plan de Dieu, comme synthèse admirable de ce projet, de son ‘dessein d’amour’. Cette phrase éclaire magnifiquement ces paraboles de saint Luc sur la miséricorde, en particulier la plus connue, du fils prodigue, où il faut garder à l’esprit que Dieu l’a aidé à se sortir de sa déchéance. Le texte dit qu’il ‘réfléchit’ ! Littéralement, il rentra alors en lui-même, et c’est au fond de son cœur qu’il entendit la voix de Dieu, sans savoir qui était ou d’où venait cette voix. C’est ce que les théologiens appelaient « la grâce prévenante », qui fait que tout ce qu’il y a de bien, qui conduit à Dieu, vient de Dieu, fin et source de tout bien. Le bien n’existerait pas si Dieu n’existait pas.

Est-ce à dire à l’inverse que tout ce qu’il y a de mal vient du Malin ? Que c’est l’Ennemi, le Diable qui a fait que la brebis s’est perdue, que la pièce a été égarée, et que le jeune fils s’est dévoyé ?
Non. Car on en viendrait à déifier Satan qui est une créature. Il n’y a pas de symétrie entre le bien et le mal. Le bien absolu existe en plénitude et de façon parfaite : c’est Dieu lui-même. Le mal absolu n’existe pas en ce monde, où nous ne l’expérimentons que par défaut : une brebis qui est perdue, de l’argent égaré, un enfant qui est parti. Le mal absolu n’existe qu’après la mort, lorsque nous ne pourrons plus rien faire, et ce mal absolu s’appelle l’enfer. Mais en cette vie, tant que nous pouvons agir, nous pouvons échapper au mal.

Soyez sensibles à l’importance de l’action dans ces trois paraboles, et d’une action concrète de recherche : la recherche active d’un bien perdu dans les deux premières paraboles, tempérée au contraire dans la 3ème parabole par une recherche folle de plaisirs et de bonheurs.

Vous vous souvenez de la première parole qu’on entend dans la bouche de Jésus dans l’évangile de saint Jean, après que Jean-Baptiste l’a désigné à ses disciples en disant : « Voici l’agneau de Dieu » ? Les deux disciples se mettent à sa suite, et Jésus, se retournant, leur dit : « Que cherchez-vous ? ».

La vocation principale de l’être humain est de chercher. Nous pourrions même dire que c’est le sens de notre vie : il ne s’agit pas de passer au mieux le temps qui nous est donné, en attendant de découvrir s’il y a effectivement une vie après la mort. Dans la parabole, le seul qui ait raison d’attendre, c’est le Père, Dieu lui-même. Le fils aîné a contre lui le tort d’avoir attendu, sans avoir rien demandé ni cherché de lui-même.

Ces deux enfants sont deux extrêmes : l’un a cherché à s’éclater. L’autre n’a rien cherché, il n’a rien demandé, il n’a pris aucun risque. Et il finit, comme dirait le Pape François, avec une face de vinaigre, dans l’aigreur. Entre la compagnie des cochons et les cornichons au vinaigre, on se demande ce qu’il vaut mieux.

La vocation de l’homme est de chercher. C’est pourquoi nous ne pouvons pas répondre comme elles le voudraient aux personnes qui disent qu’elles n’ont pas trouvé leur vocation. Je pense à des amies, Carole, Brigitte, à d’autres encore qui me disent : ‘c’est facile pour vous, mon père, vous avez trouvé votre vocation’. Mais ma vocation est de chercher Dieu, de chercher à faire sa volonté, de vous aider chacun de vous dans cette recherche.

Dieu n’est pas un bien que l’on possède. Il est celui que nous ne cessons jamais de chercher et de découvrir, comme pour toute relation d’amour ou d’amitié. Un des plus beaux textes de la Bible, un des plus émouvants, est le Cantique des cantiques, aux accents si poignants : « J’ai cherché celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé ! Je me lèverai donc, et je chercherai celui que mon cœur aime. Je l’ai cherché, mais ne l’ai point trouvé ! » (cf. Ct 3, 1-2).

Ce Cantique est construit sur les trois caractéristiques de la quête, l’action de recherche, au cœur de ces paraboles, l’amour qui la suscite (l’amour du pasteur pour chacune de ses brebis, l’attachement de cette femme à ses biens, le besoin d’amour du plus jeune fils), et le drame de la séparation qui provoque cette recherche.
« Où est parti ton bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? Où s’est tourné ton bien-aimé, que nous le cherchions avec toi ? » (cf. Ct 6, 1).

Dans notre page d’évangile comme dans notre vie, cela se résume en un seul mot, le plus important et le fil conducteur de ces paraboles, et qui en est le dernier mot parce qu’il est le dernier mot de l’histoire : c’est le mot retrouver. Ton frère qui était perdu est retrouvé ! La brebis qui était perdue est retrouvée ! La pièce d’argent qui était perdue est retrouvée !

Dans ta miséricorde, Seigneur, tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils te cherchent et qu’ils puissent moins te trouver que te retrouver, et qu’ainsi, en te retrouvant, ils puissent se retrouver eux-mêmes, et qu’ils puissent se retrouver entre eux.

Toute la foi chrétienne est fondée sur le lien des trois : trouver Dieu pour se retrouver soi-même, savoir enfin qui je suis, et me réconcilier avec le monde et avec les autres. C’est une trinité vivante où chacune des trois entraîne les deux autres, et en assure l’authenticité : que signifierait une quête religieuse qui ne m’éclairerait pas sur la vérité de mon être ? Quelle serait la valeur de mon épanouissement personnel si cela m’éloignait de mon prochain ? Combien de temps pourrait durer un altruisme sans lien avec la transcendance de Dieu ?

Ce dernier critère, de la durée, nous ramène aux paraboles : retrouver une brebis égarée est l’affaire d’un jour ou deux, le rangement d’une maison une question d’heures, prendre conscience de sa déchéance le résultat de quelques mois ou quelques années. Mais quelle sera la recherche et même l’aventure de notre vie ?

Nous appelons vocation de l’homme la recherche de toute sa vie. Vous voyez qu’elle peut ne pas être uniquement religieuse. Mais si le Cantique des cantiques nous touche et nous fascine, comme toutes les générations avant nous, et celles qui nous suivent, c’est parce qu’il dit la différence entre chercher un petit animal perdu, une pièce d’argent, et attendre le retour de son enfant. Cet enfant, c’est toi ! C’est chacun de nous cet enfant que Dieu notre Père attend.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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