1er Dimanche de l’Avent - 1er décembre 2013

Mt 24, 37-44

Le temps de l’Avent est celui de la préparation de Noël, la fête familiale par excellence. Je voudrais aborder avec vous, au cours de ces quatre dimanches, quatre points d’attention, quatre tentations contre la paix des familles : à quoi faut-il faire attention pour que Noël, qui sera pour beaucoup un temps de retrouvailles, se passe bien, et mieux encore : ait du sens ?

Puisque l’évangile de ce premier dimanche parle de ces gens qui « ne se doutaient de rien » (jusqu’au déluge qui les a tous engloutis), je vous propose, pour commencer notre réflexion sur la paix des familles, de réfléchir à la connaissance que les membres d’une même famille ont les uns des autres.

Ce sont des histoires ahurissantes qui me sont relatées chaque semaine :

  • un conjoint qui part avec quelqu’un d’autre, révélant une double vie menée depuis des années.
  • Un enfant qui fait son coming out, revendiquant son homosexualité au sein d’une famille où le sacrement de mariage donne à l’union de l’homme et de la femme une valeur divine.
  • Un fils quadragénaire qui déclare la guerre à ses parents, qui n’ont plus l’âge ni l’envie de tels conflits.
  • En font partie des drames atroces comme un suicide que rien ne laissait prévoir ou que personne, dit-on, ne pouvait empêcher.
  • Et on peut aller très loin dans l’horreur jusqu’aux abus perpétrés des années plus tôt par un oncle ou un grand-père, puisque vous savez que cela se passe neuf fois sur dix dans un cadre familial (ce qui ne minore pas la gravité des autres cas).

Belle façon de préparer Noël que d’évoquer ce qui fait exploser une famille ! C’est pourtant le sujet : on ne l’a pas vu venir. Comme ce qui s’est passé à l’époque de Noé.

Tous ces phénomènes, l’infidélité, l’adultère, l’homosexualité, les jalousies et les querelles d’héritage, jusqu’au suicide, et la perversité, n’ont rien de nouveau en soi. On peut penser qu’ils connaissent un essor lié à l’individualisme, à l’autonomie donnée aux aspirations de chacun, au détriment du groupe. On m’a rapporté cette réaction d’un enfant après le suicide de son père : « Papa qui pensait toujours d’abord aux autres, pour une fois n’a pensé qu’à lui ».

On peut aussi penser que ces phénomènes existaient dans des proportions comparables par le passé mais qu’ils étaient tenus secrets. Le secret de famille recouvrait la connaissance qu’on avait des faiblesses de nos proches, sans qu’il fût indispensable de les exposer sur la place publique, ni de leur donner une reconnaissance sociale.

De ces événements dramatiques, je voudrais dire deux choses. D’abord, ne vous laissez pas effrayer ni déprimer. Ces événements sont réels ; ils ne sont pas représentatifs : ils sont utilisés, exacerbés par le démon pour nous faire peur et nous décourager. Pour parler comme le Pape François, ne vous laissez pas voler la beauté de la vie !

Ensuite, posons-nous la question : est-il imaginable, et même chrétien que nous vivions sous le même toit que des personnes que nous ne connaissons pas parce qu’elles ne nous intéressent pas ?

Vous savez la difficulté à dissocier la dissimulation de la part d’une personne de la complicité de ses proches. On l’a vécu ces derniers temps dans le domaine public où des responsables politiques juraient leurs grands dieux qu’ils ignoraient tout des turpitudes de leurs amis les plus intimes. Il faut leur faire ce demi-crédit : ils l’ignoraient parce qu’ils ne voulaient pas le savoir. Et ils ne voulaient pas le savoir parce qu’ils ne pouvaient rien y faire.

C’est cela le problème : ne pouvaient-ils rien y faire ? Je ne vous parle pas de leçons de morale dont le Christ dit qu’elles peuvent être comme des fardeaux déposés sur les épaules des gens par ceux qui ne lèvent pas le petit doigt pour les aider.

Que se passait-il au temps de Noé, quand les gens ne se sont doutés de rien jusqu’au déluge qui les a tous engloutis ?
Relisez ce passage du Livre de la Genèse où le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée. Aurait-il été possible de fêter Noël dans ces conditions ?

La paix de Noël se construit tout au long de l’année, dans une attention aux plus proches qui donne son sens à la fête, et qui fait des cadeaux un accomplissement et non une substitution.

Nous n’allons pas à la messe le dimanche pour compenser l’absence de Dieu dans notre vie pendant la semaine. Nous venons retrouver ensemble celui qui nous accompagne tout au long de nos journées. Il en va de même de nos fêtes familiales : nous célébrons ensemble les liens qui nous unissent les uns aux autres tout le reste du temps.

Nos relations familiales sont construites à l’image de nos relations à Dieu. Elles se font suivant un double critère qualitatif d’attention et quantitatif de temps passé : ils dépendent l’un de l’autre. On peut passer beaucoup de temps avec quelqu’un sans faire attention à lui, sans chercher à le connaître : on peut réciter des prières tous les jours et aller à la messe tous les dimanches sans savoir qui est Dieu. Inversement, on ne peut pas aimer Dieu sans passer un minimum de temps avec Lui et pour Lui. Sinon, on l’aime comme on aime l’argent : il est rassurant de savoir qu’on peut en disposer.

Parfois on me demande ce qu’il faut faire pour communier à la messe ? Il faut prier tous les jours.

Les membres de votre famille avec qui vous passerez Noël sont des personnes pour qui vous priez tous les jours, et que vous voyez ou avec qui vous parlez et échangez chaque semaine, par téléphone ou par courriel.

Si ce n’est pas le cas, vous avez quatre semaines pour y remédier, de sorte que les cadeaux que vous ferez matérialisent votre cœur et ne le remplacent pas. C’est concret : vous faites la liste des personnes de votre famille avec lesquelles vous avez le plus de difficultés, et chaque jour jusqu’au 24 vous prierez pour elles.

Père Christian Lancrey-Javal,
curé

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